Islande : terre d’oiseaux (11-21 mai 2026)
Par Patrick & Geneviève Triplet

L’Islande est une terre de contrastes, balayée par les vents froids venus du Pôle Nord et sujette à des éruptions volcaniques spectaculaires, capables de conduire à la fermeture de l’espace aérien européen, comme ce fut le cas en avril 2010. Mais l’Islande n’est pas que cela. C’est probablement l’une des plus belles destinations ornithologiques européennes, comme nous avons pu le constater au printemps 2026. Notre séjour en Islande visait à effectuer une boucle littorale en empruntant autant que possible la route nationale n°1 et en n’utilisant d’autres routes que pour se rendre sur des sites faciles d’accès. En effet, notre objectif était de voir le plus d’espèces possibles sans pour autant devoir effectuer ni de longues marches ni d’onéreuses sorties en bateau.


11 mai – Dès la sortie de l’aéroport de Reykjavík, de nombreux oiseaux captent notre attention par leurs parades aériennes : des Bécassines des marais. Partout, dès qu’il y a une parcelle de terre meuble (pelouses, champs), l’espèce est présente et se perche sur les fils électriques et les toits des maisons. Une ambiance surprenante. Durant notre séjour, nous avons vu cette espèce partout, la présence humaine ne semblant pas la déranger. La première soirée passée à Reykjavík permet une prospection sur une digue de front de mer (1). En dépit du vent fort, il est possible d’observer des Eiders à duvet, qui seront ensuite omniprésents, tant sur les plans d’eau que sur les rivages, ainsi qu’un Phoque veau-marin, un Phoque gris et notre premier Guillemot à miroir. Sur une pelouse arrière littorale, un couple d’Huîtriers pies recherche sa nourriture, indifférent au passage des véhicules. Par la suite, cette espèce sera elle aussi observée quotidiennement. Les premiers nids de l’année ont été trouvés au bord des routes, souvent à quelques mètres seulement du bas-côté, sans que les oiseaux ne manifestent la moindre crainte.


12 mai – Visite du Cercle d’or à Geysir et Gullfoss (2), au sud du pays, une zone très touristique, avec pratiquement tous les parkings payants… Celle-ci ne doit pas figurer parmi les priorités dans un voyage ornithologique, mais elle offre cependant des paysages insolites et grandioses, pour qui veut agrémenter son séjour. Il est également possible d’y observer d’impressionnants effectifs de Cygnes chanteurs dans les pâtures, mais cette espèce peut être vue partout sur l’île.



13 mai – Prospection autour de Reykjavík. Nous commençons par une lagune ouverte sur la mer, au niveau de la presqu’île de Gueldinganes, dont les berges sont fréquentées par de nombreux limicoles, parmi lesquels le Courlis corlieu et le Chevalier gambette, et où nous verrons notre premier Goéland à ailes blanches. L’après-midi sera consacré aux abords du phare de Grótta et à son rivage de rochers couverts d’algues. Plusieurs dizaines de Tournepierres à collier et quelques Bécasseaux violets y recherchent leur nourriture, pendant que dans la zone arrière-littorale, assez végétalisée, de nombreuses Sternes arctiques paradent, se posant régulièrement sur les fils électriques. Encore une espèce qui sera présente à toutes les haltes littorales du séjour.


14 mai – Nous prenons la route vers Vík en passant par Dyrhólaey (3) et son arche colonisée par de nombreuses espèces d’oiseaux. Cependant, il faut utiliser la longue-vue pour voir les Mouettes tridactyles et les Fulmars boréaux. Quant aux Macareux moines, on en devine un groupe sur un îlot, mais bien lointain. À Kirkjubæjarklaustur (4), notre hébergement se situe à côté d’un petit plan d’eau sur lequel parade un couple de Plongeons catmarins. De la chambre, nous pouvons admirer le ballet incessant des Bécassines des marais, tandis qu’un Courlis corlieu qui recherche sa nourriture sur la pelouse peut être observé à l’œil nu. Faire de l’ornithologie depuis sa chambre est un luxe rare.
15 mai – Voyage tranquille vers Svartifoss (5) et découverte des glaciers. Sur la route, on ne peut résister à un arrêt au bord d’un plan d’eau, où des icebergs se détachent du glacier avant de finir dans l’océan. Des Bernaches nonnettes semblent avoir élu domicile ici et ne montrent aucune appréhension envers les visiteurs. Nous observons également un Grand Labbe et un Bruant des neiges.


16 mai – En route vers Egilsstaðir (6), nous faisons un petit crochet jusqu’à Seyðisfjörður (7), considéré comme le plus beau village d’Islande… Mais, pour s’y rendre, la route passe en montagne et il y a de la neige jusqu’aux bas-côtés de la route, ce qui nécessite de grandes précautions. Le village est effectivement pittoresque, mais d’autres petits ports le seront tout autant. Deux Guillemots à miroir sont visibles depuis le quai. Retour vers Egilsstadir afin de prendre la route 94 en direction de Hafnarhólmi (8). Nous souhaitons voir le Macareux moine et notre guide touristique nous indique qu’il y est facile à observer. Pour accéder au site, nous longeons sur plusieurs kilomètres une série de petites dépressions très riches en Anatidés de différentes espèces, parmi lesquels le Fuligule morillon et le Canard pilet. Quelques Phalaropes à bec étroit se laissent difficilement observer tant ils sont mobiles. Une fois dans le village, nous nous dirigeons vers le petit port. Le stationnement est payant, mais les aménagements qui permettent d’accéder à la colonie de Macareux moines justifient amplement le prix. En effet, sans autre effort que de gravir quelques marches, il est possible de les observer pénétrant et sortant de leurs terriers à moins de 5 m. Ils ne semblent ni surpris ni effrayés par la présence humaine, prouvant que, s’ils sont respectés, les macareux peuvent tolérer la proximité d’humains. Outre les individus ayant entrepris leur nidification, plusieurs dizaines d’autres nagent sur l’eau, à proximité. Nous visiterons ensuite les falaises de Tjörnes (9) qui permettent également de voir des Macareux moines, mais à plus grande distance que sur le site précédent, qui reste donc exceptionnel à ce point de vue.


17 mai – Le moment fort du voyage est la découverte du célèbre lac Mývatn (10), où nichent 14 espèces de canards. Pour cela nous avons quitté très tôt notre hébergement à Egilsstaðir, ce qui nous a permis d’observer un Renard polaire au bord de la route. Les abords de la route nationale sont encore enneigés par endroits. Mais outre les paysages fantastiques que cela engendre, nous croisons des centaines d’Oies à bec court stationnant autant sur les prairies dégagées que sur la neige, voire sur la route, totalement déserte en ce dimanche matin. Le lac Mývatn nous apparaît enfin et nous optons pour une visite de la rive orientale. Passer entre les habitations qui surplombent le lac est assez facile et quelques chemins permettent d’atteindre, à pied, les zones reculées du lac. Nous observons de nombreux canards, Fuligule morillon, Fuligule milouinan, Canard siffleur, Sarcelle d’hiver et nos premiers Garrots d’Islande, ainsi que le magnifique Grèbe esclavon en plumage nuptial. Arrivés au centre d’accueil du lac, situé juste à côté de la route 848, un lieu à visiter pour mieux connaître la géologie de la région et écouter les explications du sympathique personnel, nous observons des Macreuses noires, assez loin sur le lac, et encore des Grèbes esclavons nuptiaux.



La partie occidentale du lac accueille moins d’oiseaux, peut-être parce qu’elle est aussi plus exposée au vent fort. Mais où se trouvent les Arlequins plongeurs ? Un ornithologue local nous indique une petite rivière nommée Laxá í Aðaldal où, depuis le parking (de 2 ou 3 places seulement), il serait possible d’en observer. Effectivement, à peine sortis de la voiture, nous voyons des Garrots d’Islande et des Arlequins plongeurs dans les eaux tumultueuses de la rivière. Il suffit de remonter le cours d’eau sur quelques dizaines de mètres pour observer de nombreux mâles et quelques femelles. En fait, à la mi-mai, tous les Arlequins plongeurs ne sont pas encore revenus sur leurs sites de nidification et si nous n’en avons vu aucun au sud de l’île, nous en verrons régulièrement dans le nord, comme par exemple sur le petit fleuve Blanda, où un observatoire ouvert au public permet d’observer les oiseaux dans de bonnes conditions : 23 Arlequins plongeurs étaient présents au moment de notre passage. Le trajet vers notre escale du jour nous fait passer le long d’un plan d’eau vers Goðafoss. Comme nous l’avait signalé un ornithologue local, nous notons un Plongeon arctique avec deux Plongeons imbrins. D’après cet ornitho, il s’agit du seul Plongeon arctique présent à ce moment-là en Islande. La chance est avec nous !


18 mai – Nous repartons d’Akureyri par la route 82, qui permet d’accéder à Dalvík, Ólafsfjörður et Siglufjörður (11). Les vues sur l’océan et les promenades dans les ports nous permettent d’observer de nombreuses Hareldes boréales, des Arlequins plongeurs, des Phalaropes à bec étroit et quelques Oies des moissons, qui semblent attendre que la neige fonde sur les hauteurs de la route. Nous avons ensuite visité plusieurs autres petits ports, où il était possible de voir des Guillemots à miroir et des Hareldes boréales, en plus des Fulmars boréaux qui sont omniprésents, y compris sur des falaises situées à plusieurs centaines de mètres de la mer. Il n’est pas rare de les voir rechercher leur nourriture dans les ports, à quelques mètres seulement des passants.
19 mai – Nous empruntons la route 68, puis nous décrochons vers Króksfjarðarnes (12), cité avant laquelle un point de vue sur de nombreux îlots nous permet d’observer un rassemblement de plus de 3000 Bécasseaux maubèches, plusieurs centaines de Sternes arctiques et deux Tadornes de Belon, espèce bien peu observée pendant notre séjour.
20 mai – Sur la route entre Ólafsvík et Hellissandur (13), nous observons 8 Arlequins plongeurs mâles en mer et, sur une lagune arrière-littorale, un nombre important de laridés que nous détaillons soigneusement : aux côtés des Goélands bruns et argentés, nous voyons 55 Goélands bourgmestres et 10 Goélands à ailes blanches. Nous aurons vu ces deux espèces, essentiellement des immatures et surtout des Goélands bourgmestres, dans différents ports. Le village de Rif (14) mérite une mention particulière. À l’entrée de celui-ci, une lagune est ponctuée d’îlots où nichent des Eiders à duvet et il ne fait aucun doute que les aménagements visent à récupérer leur duvet une fois la reproduction terminée. Ce site est également fréquenté par de nombreuses Sternes arctiques, dont les premiers nids sont situés à quelques mètres seulement des habitations. Une belle troupe de Bernaches cravants à ventre clair est présente sur une prairie proche du bourg. Nous en verrons quelques centaines au total durant notre séjour.


21 mai – Pour notre dernier jour, nous avons visité l’arche d’Arnarstapi (15), où est installée une belle colonie de Mouettes tridactyles et où nous avons vu les seuls Cormorans huppés du voyage. Et pour terminer en beauté, à Krisuvikurberg (16), après 3 km de piste, on découvre une énorme colonie de Mouettes tridactyles, qui compte plusieurs milliers de couples, occupant toutes les plates-formes et les anfractuosités de la falaise.

Conclusion
L’Islande est un pays magnifique, son avifaune est riche, abondante et jouit d’un très grand respect de la part des Islandais. Lors de notre séjour, nous avons observé 74 espèces (voir liste ci-dessous). Aux abords des villages, il n’y a pas de chiens errants ni de chats chassant les oiseaux. La densité de population humaine est faible, donc les dérangements sont très limités. En dehors des zones couvertes uniquement de lichens, les oiseaux sont partout, notamment le Courlis corlieu, la Barge à queue noire, la Bécassine des marais, l’Huîtrier pie et le Pluvier doré qui sont présents au bord des routes. Une telle abondance d’oiseaux est tout à fait remarquable. L’Islande conserve un bien précieux, une avifaune exceptionnelle qui devrait être aussi bien valorisée que le sont la découverte des volcans ou les sorties en mer pour observer les grands cétacés. De ce fait, visiter l’Islande pour ses richesses naturelles est une contribution à la conservation de cette richesse inestimable.
Espèces observées : Bernache cravant, Bernache nonnette, Oie à bec court, Oie cendrée, Cygne chanteur, Tadorne de Belon, Sarcelle d’hiver, Canard chipeau, Canard siffleur, Canard colvert, Canard pilet, Fuligule milouin, Fuligule morillon, Fuligule milouinan, Eider à duvet, Arlequin plongeur, Macreuse noire, Harelde boréale, Garrot d’Islande, Harle bièvre, Harle huppé, Lagopède alpin, Pigeon biset, Pigeon colombin, Grèbe jougris, Grèbe esclavon, Huîtrier pie, Pluvier doré, Grand Gravelot , Courlis corlieu, Barge à queue noire, Tournepierre à collier, Bécasseau maubèche, Bécasseau variable, Bécasseau violet, Bécassine des marais, Phalarope à bec étroit, Chevalier gambette, Mouette tridactyle, Mouette rieuse, Goéland cendré, Goéland marin, Goéland bourgmestre, Goéland à ailes blanches , Goéland argenté, Goéland brun, Sterne arctique, Grand Labbe, Labbe pomarin, Labbe parasite, Macareux moine, Guillemot de Troïl, Pingouin torda, Guillemot à miroir, Plongeon catmarin, Plongeon arctique, Plongeon imbrin, Fulmar boréal, Fou de Bassan, Cormoran huppé, Grand Cormoran, Faucon émerillon, Corneille noire, Grand Corbeau, Étourneau sansonnet, Grive mauvis, Merle noir, Traquet motteux, Moineau domestique, Bergeronnette grise, Pipit farlouse, Pipit maritime, Sizerin flammé, Bruant des neiges.
Les grands absents : nous avons observé plusieurs dizaines de Phalaropes à bec étroit, dans différents endroits, toujours à la recherche de proies à la surface de l’eau, mais nous n’avons pas aperçu l’ombre d’une plume de son cousin le Phalarope à bec large. L’autre absent est le Faucon gerfaut. Il s’avère que la grippe aviaire (H5N1) a réduit drastiquement la population locale. De plus, ce rapace pourrait être plus montagnard que littoral et notre véhicule n’était pas adapté à des routes de montagne, dont certaines sont en outre interdites à la circulation.


Quelques conseils pour finir
La vie est chère en Islande : par exemple une pizza coûte 25 € … Il faut donc s’adapter : 1) bien gérer ses déplacements, d’autant plus qu’en fin de séjour, il faut payer une taxe proportionnelle au nombre de kilomètres parcourus sur l’île ; 2) conduire lentement pour réduire la consommation de carburant (c’est bon pour la planète et cela permet de mieux observer les oiseaux) ; 3) bien réfléchir à l’avance à ses escales et trouver ainsi le meilleur prix pour les hébergements. Le lac Mývatn est connu pour ses midges (moustiques des contrées nordiques) et il est indispensable de porter des gants, un chapeau et une moustiquaire recouvrant le visage pour visiter les zones proches de l’eau, sinon les piqûres sont assurées… Mais les midges sont nécessaires à la vie sauvage de l’Islande, car ils fournissent une ressource alimentaire importante pour les canetons.

Contact : Patrick Triplet (patrick.triplet1@orange.fr)
Citation recommandée : Triplet P. & G. (2026). Islande : terre d’oiseaux (11-21 mai 2026). Post-Ornithos 3 : e2026.07.11.

