Finlande-Norvège (16 mai-2 juillet 2026) : la péninsule de Varanger

Par Fabienne & Didier Pépin
(avec la télé-assistance régulière de Marc Duquet)

Hamningberg, péninsule de Varanger, Norvège, juin 2026

Ce second volet de notre fabuleux voyage en Finlande-Norvège (lire la première partie ici) prend en compte la période du 9 au 30 juin 2026, au cours de laquelle nous avons longuement exploré la péninsule de Varanger, en Norvège arctique, avant de redescendre à Helsinki, avec un nouvel arrêt à Kiilopää et quelques autres le long de notre route. (Photos © Didier Pépin)

9-10 juin – Après une première nuit passée sur la péninsule de Varanger à proximité du camping de Varjjat et une très belle observation de Loutre d’Europe au petit matin, nous faisons un arrêt à la jolie petite église de Nesseby, pour tenter de réaliser le second grand souhait de ce voyage, revoir le Phalarope à bec étroit en plumage nuptial. La petite mare située derrière l’église est en effet un spot réputé pour voir ce petit limicole, mais en dépit de deux longues heures de recherche, aucun phalarope n’est détecté… Nous observerons l’espèce le lendemain sur l’île de Store Vadsøya, où une mare similaire accueillait pas moins de 7 Phalaropes à bec étroit, principalement des femelles.

Église de Nesseby, Norvège, juin 2026
Phalarope à bec étroit, Vadsø, Norvège, juin 2026

10-12 juin –Nous poursuivons jusqu’à Ekkerøy, où nous passerons trois nuits sur la grande plage avant d’arriver au village. Nous retiendrons de ce site la présence de trois Plongeons à bec blanc dans le port, dont un en plumage nuptial, et de deux Busards pâles immatures, une inoubliable soirée en présence d’un Lièvre variable qui en voulait manifestement à un Hibou des marais perché sur un piquet, la découverte d’un nid de Buse pattue dans le talus de la route sous les premières maisons du village, la rencontre avec un Tournepierre à collier se laissant approcher à quelques mètres seulement (son nid ne devait pas être bien loin…), et enfin, en bordure d’une mare à la pointe est de la presqu’île, une arène de Combattant varié, où sept mâles paradaient devant une femelle, qui survolait régulièrement le site. 

Ekkerøy, Norvège, juin 2026
Plongeon à bec blanc, Ekkerøy, Norvège, juin 2026
Buse pattue, Ekkerøy, Norvège, juin 2026
Busard pâle, Ekkerøy, Norvège, juin 2026
Hibou des marais, Ekkerøy, Norvège, juin 2026

12-13 juin – Passage éclair sur l’île de Vardø, où nous ne nous attardons pas, la colonie d’oiseaux de mer d’Hornøya étant peu accessible (exagérément coûteuse, délais importants et réservation décalée en cas de mauvais temps…), le tunnel angoissant, la ville très mal entretenue et peu accueillante, le camping sauvage interdit et le camping municipal introuvable… Nous rebroussons donc chemin jusqu’à Kiberg, où nous nous installons sur l’ancienne route, 2 km avant le village. Dans la toundra, sur les hauteurs de notre campement, nous visitons deux lacs où nichent le Plongeon catmarin et le Fuligule milouinan. Le matin, un Élan venu de nulle part traverse la route devant la voiture et au-dessus des escarpements rocheux du bord de mer évoluent sans le moindre battement d’ailes 8 Pygargues à queue blanche adultes et immatures ! 

Pygargues à queue blanche, Kiberg, Norvège, juin 2026
Rennes, Kiberg, Norvège, juin 2026
Élan, Vesterelva, Norvège, juin 2026

Au-delà de Vardø, le paysage devient lunaire. Dans la toundra, nous observons nos premiers Pipits à gorge rousse et Bécasseaux de Temminck, ainsi qu’une Linotte à bec jaune. Un peu plus loin en direction d’Hamningberg, la baie de Persfjord nous réserve une surprise de taille. Alertés par des «souffles» en pleine mer, nous scrutons la surface de l’eau. Un rassemblement impressionnant de laridés en vol nous confirme la présence de cétacés. Petit éperon dorsal émoussé, grande nageoire caudale blanche dessous et au bord de fuite dentelé et enfin immense nageoire pectorale blanche brandie hors de l’eau et frappant ensuite la surface, autant de critères qui identifient des Baleines à bosse. La répartition et la succession des souffles à contre-jour nous permettent de dénombrer une dizaine d’individus. Nous passons la pointe du fjord où des groupes de Macreuses noires et de Hareldes boréales sont présents, et sur l’autre rive nous retrouvons le groupe de baleines. Le vent est tombé et les cétacés sont maintenant très proches de la côte. Ils sondent régulièrement après avoir rassemblé des milliers de poissons et de crustacés. Ils viennent régulièrement en surface, tête sur le côté hors de l’eau pour gober leurs proies. Le spectacle est magique et nous en profitons durant 5 heures ! 

Côte nord de la péninsule de Varanger, Norvège, juin 2026
Côte nord de la péninsule de Varanger, Norvège, juin 2026
Souffles de Baleine à bosse, Persfjord, Norvège, juin 2026
Baleine à bosse, Persfjord, Norvège, juin 2026
Baleines à bosse en pêche, Persfjord, Norvège, juin 2026

14-17 juin – Nous établissons notre campement à Hamningberg pour 3 jours sur un parking flambant neuf, avec des toilettes 4 étoiles, comme tout le monde aimerait en avoir à la maison, et avec de l’eau chaude s’il-vous-plaît ! Sur les hauteurs qui dominent le village au nord, nous assistons à une tentative de capture d’un Harle huppé en mer par un Pygargue à queue blanche et nous observons des Lagopèdes alpins dans les rochers. Dans la toundra à l’ouest, nous voyons le seul couple de Bruants lapons du voyage, ainsi qu’un Phalarope à bec étroit et un Renard roux en chasse. Sur la plage, trois Bécasseaux sanderling, dont un en plumage nuptial, accompagnent d’autres limicoles et à proximité, nous découvrons le nid d’un Bécasseau de Temminck. Les Pipits à gorge rousse sont bien présents. L’observatoire situé en bord de mer après le village mérite un arrêt. Nous cherchons les Bélougas, mais en vain, par contre nous trouvons un nouveau Plongeon à bec blanc, quelques Fous de Bassan et un Phoque gris. Le 17 au matin, après avoir quitté Hamningberg, nous nous attardons sur le pont de Sandfjord pour une très belle observation de Sizerin flammé, la découverte d’un nouveau nid de Bécasseau de Temminck et surtout pour l’observation inattendue d’un groupe de 4 Oies à bec court en vol et posées.

Hamningberg, Norvège, juin 2026
Bécasseau sanderling, Hamningberg, Norvège, juin 2026
Bécasseau variable, Hamningberg, Norvège, juin 2026
Grand Gravelot, Hamningberg, Norvège, juin 2026
Bécasseau de Temminck, Hamningberg, Norvège, juin 2026

18-20 juin – En route pour Syltefjord, après le village de Tana Bru, nous longeons la Tana, rivière impressionnante passant au pied de vertigineuses falaises, où nichait jadis le Faucon gerfaut. À l’intersection des routes 890 vers Berlevåg et 891 vers Båtsfjord, nous voyons nos premières Alouettes haussecols et plus loin en direction de Båtsfjord, nous trouvons un Labbe à longue queue au nid. À Båtsfjord, c’est un Faucon émerillon qui passe en vol au-dessus du camion avant de s’engager dans une poursuite dont nous ne verrons pas la fin… Après avoir croisé le deuxième Élan du voyage, nous établissons notre campement en fin de journée au-delà du village de Syltefjord. Nous avons à cœur de nous rendre à la colonie d’oiseaux de mer de Syltefjordstauran comme nous l’avions fait en 1984 et en 1985 lors de nos précédents voyages. Quarante-deux ans plus tard, les difficultés pour accéder à cette colonie sont toujours d’actualité, à savoir 10 km de marche dans les rochers en improvisant le parcours et une rivière à traverser comme on peut… Nos performances physiques ne sont plus comparables, mais en dépit d’une certaine anxiété, nous démarrons à 7h15, bien décidés à relever le défi. La météo s’annonce bonne, nous avons emporté des bottes dans le sac à dos et nous n’avons aucun impératif de rentrer avant la nuit… Le long du trajet, nous recevons les encouragements d’un Labbe à longue queue, d’un couple de Hareldes boréales, de quelques Lagopèdes alpins, Phalaropes à bec étroit et d’un groupe de 14 Pluviers dorés, mais nous subissons les assauts d’un couple de Labbes parasites acceptant assez mal que nous traversions leur territoire. Nous arrivons au village abandonné d’Ytre Syltefjord, avec l’agréable surprise de constater qu’un pont a été restauré et enjambe de nouveau la rivière. Nous nous délestons de nos bottes pour la fin du parcours, un chaos minéral de plus en plus difficile à arpenter. Sept heures se sont écoulées depuis notre départ, lorsque nous percevons enfin les nauséabondes effluves de la colonie d’oiseaux de mer. Après quelques hésitations, nous retrouvons le rocher hébergeant la colonie de Fous de Bassan la plus septentrionale d’Europe continentale. Nous sommes heureux d’avoir relevé le défi, même si nous savons qu’à ce stade nous n’avons fait que la moitié du chemin… mais nous sommes surpris de constater que le nombre d’oiseaux a considérablement diminué. Des pans entiers de la falaise blanchis par les fientes ne sont plus occupés et l’activité en mer n’est plus ce qu’elle était en 1984 et 1985. Grippe aviaire, réchauffement climatique sont des hypothèses permettant d’expliquer un tel constat. Mais le paysage est toujours aussi magnifique et le ballet des fous est un vrai bonheur. Nous prenons le chemin du retour à 16h00 et arrivons au campement 6 heures plus tard.

Kongsfjordfjellet, Norvège, juin 2026
 Sizerin flammé, Sandfjord, Norvège, juin 2026
Pouillot fitis, Sandfjord, Norvège, juin 2026
 Syltefjordstauran, Norvège, juin 2026
Alouette haussecol, Kongsfjordfjellet, Norvège, juin 2026
Labbe à longue queue, Syltefjord, Norvège, juin 2026

21 juin – Le long de la route qui nous mène au point le plus au nord de notre voyage, la neige est encore bien présente et, sur les lacs, nombreuses sont les Hareldes boréales. À Veines, nous espérons encore avoir la possibilité d’observer le Faucon gerfaut, mais les informations ne sont pas bonnes, aucune nidification cette année… Le site est pourtant magnifique. Nous observons au loin un nouveau groupe de Baleines à bosse et d’autres petits cétacés qui s’avèreront être des Marsouins communs. Nous passons la nuit en bord de mer juste après Veines à deux pas d’un terrier de Renard roux abritant deux jeunes. En route pour Berlevåg avec une nouvelle observation en mer de Marsouins communs, mais aussi d’un autre cétacé à aileron très pointu et très recourbé vers l’arrière, identifié comme un Rorqual commun par un observateur hollandais rencontré sur place. Nos multiples recherches dans les groupes d’eiders et de goélands restent négatives pour dénicher un éventuel Eider à tête grise/de Steller ou un Goéland bourgmestre/à ailes blanches. En franchissant le panneau routier de Berlevåg, un petit air de fin de voyage se fait sentir, d’autant que nous avons pris soin de réserver notre retour par bateau à Helsinki pour le 30 juin. Après avoir fait le tour du village et pris quelques photos de laridés dans le port, notamment des Mouettes tridactyles nichant sur les bâtiments, nous reprenons notre route vers le sud.

Berlevåg, Norvège, juin 2026
Mouettes tridactyles, Berlevåg, Norvège, juin 2026

Nous nous arrêtons pour la nuit sur un parking en bord de mer entre Berlevåg et Kongsfjord. Et comme pour nous faire remarquer que notre voyage n’est pas terminé, une surprise de taille nous y attend : dans un groupe d’Eiders à duvet que j’inspecte à la longue-vue, une femelle me semble plus fauve que les autres, plus petite aussi et avec une tête qui ressemble plus à celle d’un canard, notamment en raison de son bec gris noir beaucoup moins imposant que celui d’un Eider à duvet. Elle présente un sourcil pâle, une ligne arrondie descendante en arrière de l’œil et une tache pâle à la base du bec et sur la joue, des critères qui identifient un Eider à tête grise femelle. Le voyage n’est donc pas fini ! Ceci est d’autant plus vrai que nous avons la ferme intention de prospecter sur le chemin du retour d’autres sites à Guignard d’Eurasie, avec l’espoir de le trouver cette fois-ci au nid.
 
22-23 juin – Nous nous arrêtons sur un spot communiqué par des amis, non loin de l’intersection des routes 890 et 891. Le milieu est parfait pour ce limicole de la toundra, mais l’oiseau est introuvable. Nous nous consolons en observant notre premier couple de Bruants des neiges qui nourrit des jeunes, et une nouvelle Alouette haussecol. Nous prospecterons deux autres sites dans l’espoir de trouver un guignard au nid, mais de nouveau sans succès et il nous faut renoncer… En revanche, nous ajoutons à la liste des espèces observées le Lagopède des saules et le Sizerin blanchâtre. De retour au camion, Fabienne, qui ne renonce jamais, a une idée de génie : pourquoi ne pas retourner à Kiilopää, puisque c’est sur le chemin du retour ? La femelle de guignard qui n’avait pas encore pondu le 5 juin a dû le faire depuis et le mâle est soit encore au nid à couver ses trois œufs ou, comble de bonheur, à nourrir trois poussins. L’espoir renaît ! 

Bruant des neiges, femelle, Kongsfjordfjellet, juin 2026
Bruant des neiges, mâle, Kongsfjordfjellet, juin 2026

26 juin – Trois jours plus tard, nous sommes de retour à Kiilopää, la montagne aux escaliers. Les guignards sont quelque part au milieu de ces cailloux et si le mâle est encore sur ses œufs, il est possible que nous passions à côté de lui sans qu’il décolle. Ce n’est donc pas gagné… Nous prospectons chacun de notre côté et après quelques instants Fabienne m’invite à la rejoindre en me faisant de grands signes de la main. J’accours et arrivé à sa hauteur, elle m’annonce qu’elle vient de trouver aux jumelles au milieu des cailloux un Guignard d’Eurasie couché au sol. Elle m’explique comme elle peut où se trouve la bête et j’observe à mon tour l’oiseau parmi les pierres. Mais en regardant plus attentivement, je découvre la présence de trois petites boules de plumes perchées sur de longues pattes qui galopent autour de lui à la recherche de nourriture. Nous arrivons à nous rapprocher pour profiter de ce grand moment de bonheur. Nous venions d’accomplir le troisième grand souhait de notre voyage ! Nous pouvons maintenant repartir sereinement vers Helsinki. En chemin, nous nous autorisons encore deux arrêts sur les indications de Marc pour tenter d’observer le Bruant rustique et le Bruant nain. À l’est de Sodankylä, le spot pour le Bruant rustique ne donne rien, mais le second nous permet de voir dans de bonnes conditions un mâle de Bruant nain.

Kiilopää, Finlande, juin 2026
Guignard d’Eurasie, mâle et poussins, Kiilopää, Finlande, juin 2026
Guignard d’Eurasie, poussin, Kiilopää, Finlande, juin 2026

29-30 juin – Nous terminons notre séjour à Vuossaari, à quelques kilomètres à peine du port d’Helsinki. La Fauvette épervière y est nicheuse, mais elle nous échappera et il nous faudra nous contenter, parmi les nombreuses espèces présentes sur ce site, d’une famille de Fauvettes grisettes, du chant d’un Râle des genêts, d’une très belle observation de Pic épeichette et de trois Cerfs de Virginie, dont la présence ici nous a quelque peu surpris… 
 
Le 30 juin à 15h00, nous embarquons à Helsinki et après trois jours de route, nous sommes de retour à La Planée le 2 juillet à 16h00. Au total, nous avons parcouru 6540 km et observé 177 espèces d’oiseaux et 17 de mammifères (la liste détaillée de nos observations figurera dans le compte-rendu de voyage en PDF).

Harelde boréale, Kongsfjordfjellet, Norvège, juin 2026
Itinéraire emprunté sur la péninsule de Varanger, Norvège

Lire le récit de la partie finlandaise du voyage >> Finlande-Norvège (mai-juillet 2026) : d’Helsinki à la Laponie

Citation recommandée : Pépin F. & D. (2026). Finlande-Norvège (16 mai-2 juillet 2026) : la péninsule de Varanger. Post-Ornithos 3 : e2026.10.04.

Norvège
Observations