Finlande-Norvège (mai-juillet 2026) : d’Helsinki à la Laponie
Par Fabienne & Didier Pépin
(avec la télé-assistance régulière de Marc Duquet)

Un demi-siècle après nos deux premiers périples (du 29 juin au 6 août 1984 avec Doris et Patrick Viain et du 22 juin au 27 juillet 1985 avec Marc Duquet et Dominique Michelat) en Renault 4 F6 depuis la Franche-Comté jusqu’à la Norvège arctique, nous avons refait le voyage, en camping-car cette fois, du 16 mai au 2 juillet 2026, soit un voyage de près de sept semaines qui s’est avéré mémorable. Voici un résumé des principales étapes du voyage, les faits marquants et les temps forts, les oiseaux que nous avons observés et une sélection des plus belles photos (© Didier Pépin) que nous avons eu l’occasion de faire .
16-19 mai – Le départ du village de La Planée (Doubs) a eu lieu le 16 mai 2026 au matin. Après un peu plus de 1000 km et deux jours de route, nous embarquons sur un ferry le 17 au soir à Travemünde (Allemagne). La traversée de la mer Baltique dure deux nuits et une journée, et nous arrivons donc à Helsinki (Finlande) le 19 en milieu de matinée.
19-20 mai – Notre première étape est une baie près de Hanko, à une centaine de kilomètres à l’ouest d’Helsinki, où nous faisons de très belles observations de Sternes arctiques et où nous voyons un rassemblement spectaculaire de plusieurs centaines de Garrots à œil d’or.
20-22 mai – Quelque 200 km plus au nord, après Pori, les tours d’observation de Huhtala (Huhtala Bird Watching Tower), dans le Parc national de la mer de Bothnie, offrent des conditions exceptionnelles pour voir les vols de parade et entendre le chant et le chevrotement de la Bécassine des marais. Le maintien d’une végétation rase sur le site favorise en outre le stationnement et la nidification de nombreuses autres espèces de limicoles, notamment le Vanneau huppé, le Bécasseau variable, le Combattant varié et les Chevaliers sylvain, aboyeur et gambette, tandis qu’au cœur des saulaies résonne le chant puissant du Rossignol progné. Le 22, nous y verrons un groupe de 10 Bécasseaux falcinelles en plumage nuptial.



23-24 mai – Près de Tampere, 150 km plus à l’est, visite du site de Pohtiolampi à Kangasala, aménagé pour observer et photographier le Balbuzard pêcheur (Osprey Center). Des affûts pour photographes sont implantés à proximité immédiate de petits plans d’eau dans lesquels le gestionnaire du site relâche des poissons qu’il a pêchés dans la rivière proche. Nous étions malheureusement au tout début de la saison et les deux seuls Balbuzards pêcheurs qui ont survolé le site ne s’y sont malheureusement pas arrêtés… Le soir, un Râle des genêts chantait dans la prairie voisine.
25-26 mai – Après avoir roulé un peu plus de 500 km vers le nord-est, nous arrivons à Erä-Eero, 30 km au sud-est de Lieksa, un site aménagé pour l’observation des grands carnivores (ours, loup et glouton) à 30 km de la frontière russe. Au cours de la nuit, nous observerons, dans des conditions de confort remarquables : 7 Ours bruns différents et deux accouplements entre 22h30 et 3h00 du matin, 3 Loups gris (un couple et un subadulte) entre 3h00 et 5h00, et lorsque les ours quittaient momentanément la place de nourrissage, 2 Gloutons faisaient de brèves apparitions pour venir se nourrir.




Et comme un grand bonheur n’arrive jamais seul, nous allons vivre au cours des 24 km avant Kuhmo, ce qui restera l’événement de notre voyage ! Sur la portion de route peu fréquentée entre Saarela et Rastinkylä, il est 20h45 lorsque mon regard s’arrête sur un grand rapace nocturne posé sur un tas de bois dans une coupe forestière… Ma première impression est la bonne, une Chouette lapone ! En chasse à moins de cinquante mètres de la route, elle jette quelques regards dans notre direction, mais semble nous ignorer. Nous parvenons à nous en approcher à moins de 20 m tout en restant dans notre camion. À trois reprises, la grande chouette grise change de perchoir, nous permettant d’apprécier son vol, mêlant la puissance d’un très grand oiseau et la légèreté d’un rapace nocturne. Il est 21h30 lorsque cette chouette tant espérée disparaît dans la frondaison d’un massif de bouleaux. Nous avons de la peine à réaliser ce qu’il vient de se passer le long de cette route déserte, à deux pas de la frontière russe.



Nous reprenons alors la route, en roulant lentement pour nous remettre de nos émotions et au croisement des routes 75 et 524, nous nous arrêtons pour partager cette incroyable apparition avec notre ami Marc Duquet. Nous sommes en ligne avec lui lorsqu’un second rapace nocturne longeant la route 75 se pose sur un panneau d’arrêt de bus juste devant notre camping-car ! L’oiseau est de dos et dans l’affolement j’imagine qu’il s’agit d’une nouvelle Chouette lapone. Mais il se retourne, nous jette un bref regard de ses deux yeux noirs et disparaît : une Chouette de l’Oural. L’observation est brève, mais d’une intensité incroyable et partagée en direct avec Marc au téléphone. En moins d’une heure, nous venions d’observer les deux chouettes nordiques dont la rencontre fortuite est la plus improbable…
27-28 mai – Une trentaine de kilomètres au nord de Lieska, nous visitons le Parc national de Patvinsuo. Depuis le parking Kurkilahti, le platelage de bois menant à une tour d’observation située à 3,4 km au sud traverse de somptueuses tourbières, où le Courlis corlieu nous accompagne en se perchant au sommet des pins. Du haut de la tour, le spectacle est grandiose : Grèbe esclavon, Harle piette et Combattants variés, pour ne citer que les plus colorés, côtoient les Grues cendrées et les Cygnes chanteurs.

29-30 mai – Balade dans la réserve naturelle d’Iivaara, 25 km au sud-est de Kuusamo. La vue panoramique sur les forêts et les lacs de Finlande qu’offre le sommet de cette montagne justifie à elle seule sa modeste ascension. Nous n’y avons pas trouvé le Robin à flanc roux convoité, mais c’est une espèce qui se mérite… En guise de compensation, nous avons dû nous «contenter» le long de la route d’une place de chant de Tétras lyre avec 4 mâles chanteurs et, à deux pas du parking, de la brève apparition d’un Castor d’Europe à proximité de son impressionnante hutte.



31 mai-2 juin – Progressant vers le nord au-delà de Ruka, nous visitons la réserve naturelle de Valtavaara-Pyhävaara qui abrite quelques-uns des plus hauts sommets de la région de Kuusamo. La vieille forêt de Konttainen est magnifique et une femelle de Pic tridactyle nous y accueille, pour notre seconde tentative de recherche du Robin à flancs roux. Et cette fois-ci, c’est la bonne ! Le chant de ce magnifique passereau est facilement repérable. Sur notre trajet jusqu’au sommet de Valtavaara, nous avons détecté et observé cinq chanteurs différents, à l’aller comme au retour. L’espèce semble avoir des postes de chant privilégiés et toujours situés bien en vue au sommet des plus grands arbres. À proximité du parking, le poste de nourrissage vaut le détour ne serait-ce que pour les Mésangeais imitateurs qui y sont particulièrement confiants.





3 juin – Quelque 250 km au nord-ouest de Valtavaara, nous faisons une balade dans la réserve naturelle de Viiankiaapa, au nord de Sodankylä. C’est le seul site au cours de notre voyage où nous avons vraiment souffert de la présence des moustiques, ce qui nous a contraints à écourter notre visite. Le cheminement en bois qui permet de pénétrer dans la réserve aboutit à une tour d’observation située à 1,9 km du parking, qui offre toutefois de superbes vues sur des Grues cendrées. En chemin, deux nichoirs distants d’une dizaine de mètres étaient occupés, l’un par un couple de Gobemouches noirs en pleine parade nuptiale, l’autre par des Mésanges lapones déjà affairées à nourrir leurs petits.


4 juin – Une quinzaine de kilomètres plus au nord, au croisement de la route qui conduit à Yksityi (Yksityinen tie), les tourbières de la réserve nationale de Ilmakkiaapa à l’ouest de Petkula résonnent des trilles du Bécasseau falcinelle : ailes maintenues en V au-dessus du corps deux individus se poursuivent en chantant. Quel spectacle !


5 juin – Situé dans le parc national d’Urho Kekkonen, en Laponie finlandaise, Kiilopää est une colline culminant à 546 m d’altitude, accessible par le Kiirunapolku Circle Trail. À la recherche d’un limicole mythique, nous gravissons avec enthousiasme les marches d’escaliers qui mènent au sommet de cette petite montagne caillouteuse. La première émotion est pour le Lagopède alpin que nous ne tarderons pas à découvrir en dépit de son plumage mimétique, les quelques oiseaux observés se révélant d’une confiance à toute épreuve. Nous passerons le reste de la journée en compagnie d’un couple de Guignards d’Eurasie, dont la femelle n’a visiblement pas encore pondu. Nouvel objectif atteint.




6 juin – Progressant de 125 km vers le nord, nous faisons un arrêt au camping de Neljän Tuulen Tupa, près de Kaamanen. C’est un lieu incontournable sur la route du Grand Nord, où il est possible de prendre un petit-déjeuner à moins d’un mètre de mangeoires où viennent se nourrir, aux côtés des Pinsons du Nord, des Sizerins flammés et des Écureuils roux, quelques Durbecs des sapins et des Mésanges lapones, deux espèces de la taïga relativement difficiles à observer ailleurs.



7-8 juin – Après avoir longé le lac Inari et passé la frontière Finlande-Norvège, nous faisons une halte près de l’église de Neiden. Le Pouillot boréal, qui niche dans ce secteur, n’est malheureusement pas encore arrivé… mais nous ne regretterons pas cet arrêt. En effet, en échangeant quelques mots dans un anglais approximatif avec deux ornithos norvégiens, nous parvenons à obtenir les informations nécessaires à l’observation de la dernière chouette qu’il nous reste à voir, la Chouette épervière : sur un site qu’ils nous ont demandé de tenir secret se trouve un nid abritant trois jeunes. Le lendemain, nous nous rendons sur les lieux avec une certaine appréhension, mais l’information est très précise. Nous ne tardons donc pas à repérer un premier adulte pénétrant dans un bosquet de bouleaux pour en ressortir quelques instants plus tard avant de se poser sur un fil électrique. Vérification faite à la longue-vue, trois jeunes Chouettes épervières sont blotties dans un ancien nid de Corneille mantelée, à moins de 50 m du chemin où nous nous trouvons. En trois heures, nous observerons trois nourrissages, le mâle apportant une proie à la femelle, qui se charge de la distribuer aux jeunes. Après chaque nourrissage, elle vient se poser à la pointe d’une branche de bouleau sec, où nous pouvons admirer les subtils détails de son plumage. À ce stade de notre voyage, nous venions d’atteindre l’un de nos principaux objectifs, à savoir observer les trois grandes chouettes de Laponie !

Notre ultime étape sera la mythique péninsule de Varanger, région la plus septentrionale de Norvège, baignée par la mer de Barents et illuminée par le soleil de minuit…

La seconde partie du voyage, intitulée Finlande-Norvège (mai-juillet 2026) : la péninsule de Varanger, sera publiée début octobre.
Citation recommandée : Pépin F. & D. (2026). Finlande-Norvège (16 mai-2 juillet 2026) : d’Helsinki à la Laponie. Post-Ornithos 3 : e2026.09.28.

