Identifier le Faucon crécerellette

Le Faucon crécerellette Falco naumanni niche dans tout le Paléarctique, de la péninsule Ibérique au nord de la Chine, et hiverne du Sahel à l’Afrique australe. En Europe, il se reproduit principalement au Portugal et en Espagne, dans le sud de la France (Languedoc-Roussillon et plaine de la Crau), en Sardaigne, en Sicile et dans le sud de la péninsule Italienne, ainsi que sur les rivages de la Croatie et en Bosnie-Herzégovine, puis de l’Albanie à la Bulgarie et à la Grèce (Orta & Kirwan 2020). La migration postnuptiale des oiseaux ibériques débute dans la seconde décade de septembre et les conduit en Afrique de l’Ouest (Mauritanie, Sénégal et Mali), où ils hivernent jusqu’à la mi-février (Catry et al. 2011). Sur le continent asiatique, le Faucon crécerellette est présent dans une grande partie de la Turquie, au Moyen-Orient, dans le Caucase, en Iran, en Asie centrale, à l’est jusqu’en Mongolie intérieure et au nord de la Chine (Orta & Kirwan op. cit.). L’espèce est considérée comme monotypique, mais certains auteurs regroupent sous le nom de ‘pekinensis’ les oiseaux présents du Turkestan à la Chine. Corso et al. (2015) proposent même d’élever ce taxon au rang de sous-espèce, en raison des différences morphologiques marquées qu’il présente par rapport aux oiseaux européens (voir plus loin).
Si l’identification du Faucon crécerellette mâle adulte est assez évidente, celle des juvéniles et des femelles peut être très délicate. Voici une présentation des différents plumages de l’espèce et un résumé des critères d’identification par rapport au Faucon crécerelle, l’espèce à laquelle le Faucon crécerellette ressemble le plus.
I – Mues et plumages du Faucon crécerellette
Le Faucon crécerellette acquiert son plumage adulte définitif à l’âge de deux ans (3e année civile) et porte trois plumages successifs : juvénile, 2e année et adulte. Le dimorphisme sexuel étant marqué, il est possible de distinguer les mâles des femelles dès la deuxième année et le sexe des juvéniles peut potentiellement être déterminé (Ollé et al. 2020).
I-1. Plumage juvénile
Les juvéniles ressemblent fortement à la femelle adulte : parties supérieures brun-roux tacheté de noir, parties inférieures chamois clair finement strié de noir, queue brun-roux barré de noir avec une large bande terminale noire. Les différencier de celle-ci est un exercice délicat, mais tout à fait possible lorsque l’oiseau est vu dans de bonnes conditions (ou, idéalement, à partir d’une photographie). Pour cela, l’état d’avancement de la mue est un élément important, visible même à distance : ainsi, de mai-juin à octobre, les femelles adultes (et de 2e année) ont le bout de certaines rémiges usé ou présentent un contraste de mue dans l’aile (voir I-4), tandis que les juvéniles portent un plumage uniformément neuf, avec le bord de fuite des ailes régulier et liseré de crème (photo 2).

Noter le bord de fuite de l’aile régulier (plumes neuves) et le ventre rayé de noir.

Noter le bord postérieur de l’aile irrégulier (car usé) et le ventre moucheté de noir.
Les motifs du plumage diffèrent quelque peu : 1°) la femelle adulte a la poitrine et les flancs tachetés (taches noires en forme de flèche ou de cœur), alors que le dessous est strié chez les juvéniles (stries épaisses terminées en pointe de flèche chez la femelle ou stries fines sur la poitrine et plus larges sur les flancs chez le mâle), 2°) sur le manteau, les scapulaires et les petites couvertures sus-alaires, les barres noires sont fines et en forme de chevrons chez la femelle adulte, plus épaisses chez la femelle juvénile, et moins marquées et en forme de points chez le mâle juvénile, 3°) les grandes couvertures sus-alaires de la femelle adulte portent de fines barres sombres droites, plus fines que celles des femelles juvéniles (qui sont aussi courbées) et assez proches de celles des mâles juvéniles, 4°) les couvertures primaires des juvéniles (photo 4) présentent un net liseré crème roussâtre autour de la pointe, absent chez la femelle adulte (photo 5) et 5°) les sus-caudales et la base (parfois aussi le bord) des rectrices de la femelle adulte sont grisâtres, comme chez le mâle juvénile, mais avec le reste de la queue brun barré de fines bandes noires, nettes et complètes (barres irrégulières chez le mâle juvénile), tandis que la femelle juvénile a la queue et les sus-caudales dépourvues de gris.

Noter le large liseré crème roussâtre des couvertures primaires.

Noter les couvertures primaires dépourvues de liseré crème.
Le sexe de certains juvéniles (les plus typiques) peut être précisé lorsqu’ils sont vus dans de très bonnes conditions (photo 6), mais beaucoup sont semblables et ne peuvent pas être sexés. Mâle juvénile : 1°) ensemble des couvertures sus-alaires d’aspect propre, avec quelques taches éparses, en particulier sur les petites couvertures, 2°) grandes couvertures finement barrées, les barres noires étant bien plus fines que les espaces bruns, 3°) stries du dessous fines, mais plus larges sur les flancs et 4°) sus-caudales et queue (au moins la base) teintées de gris (la queue peut être très grise et indistinctement barrée et ressembler alors à celle du mâle adulte – voir photo 67). Femelle juvénile : 1°) larges bandes noires sur le manteau et taches bien délimitées sur les couvertures sus-alaires, 2°) grandes couvertures marquées de larges bandes noires incurvées vers les côtés et se rejoignant souvent, l’épaisseur des barres noires et des espaces bruns étant similaire, 3°) stries des flancs épaisses et en forme de pointe de flèche et 4°) queue et sus-caudales entièrement brunes, sans pointes grises (Ollé et al. 2020).

I-2. Mue formative (= postjuvénile)
Les juvéniles effectuent leur mue formative, partielle, d’octobre à mai, avec une interruption pendant la migration postnuptiale. Celle-ci se limite aux plumes du corps, aux scapulaires et aux petites et moyennes couvertures alaires (chez certains oiseaux, elle s’étend à la plupart ou à l’ensemble des couvertures). Elle commence par les sus-caudales et se poursuit sur le manteau, la nuque et la calotte. En général, seule la paire de rectrices centrales (voire une seule plume) mue, mais parfois toute la queue est renouvelée. Cette mue n’affecte ni les primaires ni les secondaires (Cramp & Simmons 2020). Le reste des scapulaires et des couvertures sus-alaires ainsi que les rémiges et rectrices juvéniles des oiseaux de 2e année seront renouvelés à partir du mois de juin de la deuxième année civile, lors de la mue basique (voir I-4).
I-3. Plumage de 2e année
Ce plumage se caractérise par la présence d’un contraste de mue entre les plumes muées montrant un motif adulte et les plumes juvéniles conservées, les rémiges et les rectrices (externes) étant encore juvéniles, donc assez usées. Le sexe des oiseaux de 2e année peut être facilement déterminé, les mâles ayant déjà acquis la tête et (une partie au moins de) la queue grises de l’adulte.
Femelle 2e année (photos 7 & 8) : très semblable à la femelle adulte, mais 1°) taches noires plus denses et plus grossières sur les couvertures alaires et le corps, 2°) moustache noire plus marquée, 3°) rémiges usées et 4°) souvent un mélange de rectrices neuves (centrales) et anciennes (externes). En outre, la teinte de fond des couvertures alaires est plus rouille et plus vive chez la femelle adulte, plus jaune et plus terne chez la femelle de 2e année (car les plumes sont usées et décolorées) et les barres noires sur les grandes couvertures et les tertiaires sont plus épaisses, plus visibles, plus grossières et plus irrégulières chez la femelle de 2e année que chez l’adulte (Corso 2001).

Noter le contraste de mue dans les primaires, P4 et P5 étant neuves (plus noires).

Noter la P4 neuve sur les deux ailes et la (très courte) P5 en repousse sur l’aile gauche.
Mâle 2e année : au printemps, comme le mâle adulte, mais les tertiaires et grandes couvertures (et quelques moyennes couvertures) sus-alaires sont encore juvéniles, brun-roux barré de noir, de même que les rémiges et les rectrices (au moins les externes – photo 10 & 14). En été, beaucoup de mâles de 2e année ont commencé à renouveler une partie de leurs petites et moyennes couvertures (au maximum ne subsistent que quelques grandes couvertures internes et les tertiaires barrées – photo 16), tandis que d’autres conservent encore la plupart de leurs couvertures alaires juvéniles (photo 9 & 12).

Noter les rectrices centrales de type adulte et l’ensemble des grandes couvertures encore juvéniles.

Remarquer la paire centrale de rectrices déjà muée et de type mâle.

Noter les tertiaires et les grandes couvertures adultes, gris-bleu.

Noter que toutes les couvertures sus-alaires et les rectrices sont encore de type juvéniles.

Noter les rémiges très blanches et les couvertures sous-alaires très peu tachetées.

Noter la paire de rectrices centrales de type mâle adulte et les couvertures très tachetées.

Noter que certaines grandes couvertures sont frangées de brun-roux, mais sans barres noires.

Noter les tertiaires encore juvéniles et les grandes couvertures déjà muées (gris-bleu).
I-4. Mue basique (= postnuptiale)
Les oiseaux de 2e année et les adultes amorcent une mue annuelle complète à partir de (mai) juin, la suspendent durant la migration d’automne et l’achèvent en janvier sur les lieux d’hivernage. Cette mue renouvelle la totalité du plumage, c’est-à-dire toutes les plumes de contour (corps et couvertures) et toutes les plumes de vol (rémiges et rectrices).
La mue des rémiges des faucons ne suit pas du tout le même schéma que celle des Accipitriformes (voir l’exemple du Vautour percnoptère). C’est en effet une mue centrifuge, c’est-à-dire qu’elle débute par la chute d’une primaire médiane (en général P4 ou P5, voire P6 chez le Faucon crécerellette) et progresse de part et d’autre de celle-ci, une vague ascendante partant en direction du bout de l’aile (P10), l’autre, descendante, vers l’intérieur (P1). En cours de mue, un faucon présente donc un groupe de primaires médianes neuves, entouré de primaires externes et internes usées (photos 17 & 18). Les dernières primaires à être remplacées, c’est-à-dire celles qui peuvent encore être de type juvénile chez les oiseaux de 2e année à l’automne, sont donc P1 et P10. [Remarque : chez les oiseaux de 3e année (adultes), au printemps, ce sont les primaires médianes qui apparaissent les plus usées, car elles ont été renouvelées les premières (au cours de l’été précédent), tandis que les primaires externes et internes ont mué au cours de l’hiver, et sont donc les plus neuves.]


De la même manière que pour les primaires, la mue des secondaires s’amorce par la chute d’une plume médiane (en général S5 ou S4) et progresse de part et d’autre, vers l’extérieur et l’intérieur. Une troisième vague de mue s’amorce ensuite à partir de S13, en progressant vers l’extérieur. La dernière secondaire à être renouvelée est donc la plus externe (S1), au contact de la P1 (Duquet & Reeber 2019). La mue des rectrices commence quant à elle par la paire centrale R1 et s’achève par les plumes externes R6 (Cramp & Simmons op. cit.).
I-5. Plumage adulte
Ce plumage est totalement dépourvu de plumes juvéniles au niveau du corps et des couvertures alaires, les rectrices et rémiges sont relativement neuves et les couvertures primaires n’ont pas de pointe pâle (voir I-1 et II-5).
Comme chez le Faucon crécerelle, mâle et femelle portent des plumages très différents. Femelle adulte : 1°) tête brune striée de noir, 2°) queue brun-roux barrée de noir (parfois teintée de grisâtre) avec une large barre terminale noire, 3°) dos, scapulaires et couvertures sus-alaires brun-roux taché de noir, 4°) dessous crème marqué de taches noires en forme de goutte d’eau et 5°) couvertures sous-alaires tachetées de noir contrastant avec les rémiges pâles et peu tachées. Mâle adulte : 1°) tête gris-bleu non striée, 2°) croupion et sus-caudales gris-bleu uni, 3°) queue grise, non barrée, les rectrices étant terminées par une large bande noire, 4°) dos, scapulaires, petites et moyennes couvertures brun-roux uni sans taches, 5°) large bande gris-bleu sur les ailes, formée par les tertiaires et les grandes couvertures sus-alaires, 6°) parties inférieures saumon faiblement mouchetées de noir et 7°) dessous de l’aile largement blanchâtre, avec quelques rares taches noires aux axillaires et aux couvertures sous-alaires.

Noter la tête très pâle et la queue largement grise de la femelle, indiquant un oiseau âgé. Le mâle adulte, au plumage typique, est lui aussi un adulte parfait.
I-6 Variation géographique
Corso et al. (2015, 2016) ont remis au jour les différences morphologiques importantes existant entre les populations européenne et est-asiatique du Faucon crécerellette (fig. 1 et photo 69), cette dernière ayant été traitée jusque dans les années 1970 comme une sous-espèce (pekinensis). À la fin du XIXe siècle, Swinhoe (1870) avait en effet décrit Falco chenchris pekinensis à partir de deux Faucons crécerellettes (un mâle adulte et un mâle immature) collectés à Pékin (Chine). Les Faucons crécerellettes chinois se distinguent ainsi des oiseaux européens par la coloration du mâle adulte, dont le brun-roux du dos est plus saturé et le gris-bleu de la tête plus foncé, tandis que le gris-bleu de l’aile s’étend à la quasi-totalité des couvertures sus-alaires, la plupart des oiseaux conservant une légère teinte rouille sur les petites et moyennes couvertures internes, ainsi que sur les couvertures marginales (bord d’attaque de l’aile). Corso et al. (2015, 2016) ont proposé de restaurer les sous-espèces naumanni (occidentale) et pekinensis (orientale), qui avaient été considérées comme synonymes par les taxinomistes, en arguant du fait qu’il existait une variation clinale entre les deux taxons, avec des oiseaux au plumage intermédiaire de l’Asie occidentale à l’Asie centrale. Pourtant, comme le soulignent Corso et al. (2015, 2016), c’est également le cas de plusieurs autres espèces de rapaces, comme la Buse variable, le Milan noir ou le Faucon pèlerin, qui sont pourtant considérées comme polytypiques. Mais les taxinomistes nous démontrent depuis quelques années que leur discipline est extrêmement versatile et que leurs décisions sont dans certains cas plus aléatoires et arbitraires que rationnelles et fondées (voir par exemple AviList 2025 : nouveaux rétropédalages taxonomiques).

Noter le gris-bleu s’étendant aux moyennes et petites couvertures et le roux de plus en plus intense en allant vers l’est. Le plumage de la femelle est lui aussi plus saturé, mais reste très semblable.
II – Critères d’identification par rapport au Faucon crécerelle
II-1. Formule alaire et comportement
En vol, le Faucon crécerellette a une structure un peu plus compacte, une queue plus courte et des ailes moins pointues que le Faucon crécerelle (Forsman 2017). Ce dernier caractère, visible en tous plumages, est lié à la formule alaire qui est différente chez les deux espèces. Chez le Faucon crécerellette (photo 20), le bout de l’aile est formé par trois primaires (P8-P10), la P10 étant nettement plus longue que la P7 et de longueur proche de P8 et P9, d’où un bout d’aile d’aspect arrondi. Chez le Faucon crécerelle (photo 21), la pointe de l’aile est formée par deux primaires (P8 et P9), les plus longues, qui donnent à l’aile une forme plus pointue, tandis que P7 et P10 sont plus courtes et de même longueur.

Noter la longue P10, qui dessine avec P8 et P9 un bout d’aile arrondi (3 doigts).

Noter la P10 aussi courte que P7, laissant P8 et P9 former une aile plus pointue.
En toutes saisons, le Faucon crécerellette est fortement grégaire et s’observe généralement en groupes comptant plusieurs dizaines d’individus, alors que le Faucon crécerelle est le plus souvent solitaire ou vit en couple tout au long de l’année. Mais il se joint volontiers aux Faucons crécerellettes en chasse, et peut exceptionnellement se nourrir en petits groupes familiaux à la faveur d’une ressource abondante (pullulations de campagnols par exemple). Le Faucon crécerellette se nourrit fréquemment de manière très similaire aux Faucon kobez et hobereau, capturant et mangeant des insectes en vol, en les tenant d’une patte, ce que le Faucon crécerelle fait très rarement. Globalement, la façon de voler des Faucons crécerellette et crécerelle diffère peu. Mais lorsqu’ils chassent côte à côte en vol stationnaire, le Faucon crécerellette bat des ailes plus énergiquement, plus rapidement (ce qui traduit sa taille un peu plus petite) et effectue des vols sur place plus courts (Forsman 2017). Les vols de chasse sont également plus nerveux, plus rapides que chez le Faucon crécerelle (Christian Riols in litt.).
II-2. Couleur des ongles
La couleur des ongles constitue un critère déterminant pour différencier le Faucon crécerellette du Faucon crécerelle, surtout en plumage juvénile ou femelle. Les deux espèces ont en effet, à tout âge et quel que soit le sexe, des ongles de couleur bien distincte : ils sont typiquement pâles (ivoire ou corne) chez le Faucon crécerellette (photos 22 & 24) alors qu’ils sont sombres (noirs) chez le Faucon crécerelle (photos 23 & 25).




Il existe quelques exceptions à cette règle, à savoir des Faucons crécerelles avec un ou plusieurs ongles pâles (jamais la totalité) ou des Faucons crécerellettes avec les ongles grisâtres, mais ces cas restent excessivement rares et ne remettent pas en question l’intérêt de ce critère. Corso (2001) a ainsi rapporté le cas de trois mâles et deux femelles Faucons crécerellettes (2% de l’échantillon qu’il a étudié en Italie) qui avaient des ongles gris brunâtre ou gris noirâtre, mais en aucun cas aussi noirs que ceux du Faucon crécerelle. [Attention aussi aux oiseaux ayant les ongles sales ou tachés de boue, pouvant paraître sombres chez le Faucon crécerellette ou, à l’inverse, pâles chez le Faucon crécerelle !]
J’ai trouvé mention de quatre cas de Faucons crécerelles avec des ongles pâles, deux aux Pays-Bas (de Schipper 2001) et deux en Inde (Bhatt & Ganpule 2015) :
• 17 décembre 1996, Zeewolde (Flevoland, Pays-Bas) – une femelle 1er hiver avec un seul ongle blanc jaunâtre à la patte droite ;
• 24 juin 2000, Kapelle (Zélande, Pays-Bas) – un juvénile âgé de 27 jours, dont les ongles centraux des deux pattes étaient très pâles, presques blancs, mais les autres d’un noir profond ;
• 8 décembre 2008, Nalsarovar (Gujarat, Inde) – un individu dont les ongles internes des deux pattes étaient jaune pâle, semblables à ceux d’un Faucon crécerellette, tandis que les autres ongles étaient d’un noir profond, normal pour un Faucon crécerelle ;
• 13 janvier 2014, Pune (Maharashtra, Inde) – un mâle dont le doigt postérieur (pouce) des deux pattes présentait des ongles de couleur jaune pâle, les autres ongles étant noirâtres.
Pour relativiser plus encore l’importance de ces cas extrêmes, il faut préciser qu’à l’éclosion les poussins du Faucon crécerelle ont d’abord les ongles pâles et que ceux-ci deviennent noirs en quelques jours, alors que les jeunes sont encore au nid (Ollé et al. 2020). Cela explique notamment le cas du juvénile bagué au nid aux Pays-Bas en 2000 (de Schipper 2001).
II-3. Plumages des mâles
L’identification du Faucon crécerellette mâle adulte ne pose aucun problème, grâce à son dos brun-roux uni sans taches noires, à sa tête gris-bleu sans moustache et à la bande alaire gris-bleu formée par les tertiaires et les grandes couvertures sus-alaires (photo 26, 28 & 30). Chez le mâle de 2e année (photo 29), ces plumes sont encore de type juvénile, brun-roux barré de noir, de même que les rémiges et une partie au moins des rectrices (souvent la paire de rectrices centrales est déjà de type adulte), mais le dos sans tache et la tête sans moustache permettent aisément de le différencier du Faucon crécerelle mâle (photos 27 & 31). En outre, les critères évoqués précédemment, à savoir la formule alaire, la voix et la couleur des ongles sont également applicables aux mâles, quel que soit leur âge.

Noter le dos brun-roux sans taches, la bande grise sur les grandes couvertures et les ongles pâles.

Noter les parties supérieures et les couvertures alaires tachées de noir et les ongles noirs.

Noter la teinte gris-bleu soutenue de la tête et la bande alaire gris-bleu.

Noter la tête gris pâle et les tertiaires et grandes couvertures encore juvéniles.

Les parties supérieures brun-roux uni et la bande alaire gris-bleu sont typiques.

Plumes du dos, scapulaires, tertiaires et couvertures alaires sont terminées d’un point noir.
En vol, le Faucon crécerellette mâle adulte a le dessous des ailes très pâle, presque blanc, avec des primaires quasiment sans marques sombres à l’exception de l’extrémité noirâtre, des secondaires non barrées et des couvertures sous-alaires blanches faiblement mouchetées de noir (photo 32). Les mâles de 2e année diffèrent par leurs secondaires et leurs rectrices juvéniles barrées (photo 9) et leurs couvertures sous-alaires plus abondamment tachetées de noir (photos 14). Mais tous deux sont globalement beaucoup plus pâles et moins tachetés/barrés dessous que le Faucon crécerelle mâle (photo 33).

Noter le contraste entre les rémiges blanchâtres et les couvertures sous-alaires mouchetées de noir.

Noter les couvertures sous-alaires fortement tachetées de noir et les rémiges barrées de gris.

Noter le dessus très coloré, brun-roux uni, gris-bleu et noir.

De dessus, l’élément le plus saillant est la queue grise terminée de noir.
II-4. Plumages des femelles
Comme pour les mâles, la formule alaire (P10 longue) et la couleur des ongles sont utilisables pour différencier les femelles de celles du Faucon crécerelle. De plus, chez la femelle adulte de Faucon crécerellette, les marques noires du manteau, des scapulaires et des petites et moyennes couvertures ont la forme de fins chevrons ouverts (photos 36 & 38), tandis que celles du Faucon crécerelle femelle sont bien plus épaisses et franchement triangulaires (photos 37 & 39).

Le bord supérieur des (fines) marques noires est légèrement concave.

Le bord supérieur des (épaisses) marques noires est droit.

Les marques noires des parties supérieures ont une forme de chevron ouvert.

Les marques noires des parties supérieures sont nettement triangulaires.

Même lorsqu’elles sont plus épaisses, les marques noires ont le bord supérieur concave.

Quelques marques ont le bord supérieur un peu concave, mais le plumage est moins roux.
Relativement évident sur les oiseaux posés, le dessin facial du Faucon crécerellette femelle (photos 42, 44 & 46) diffère assez nettement de celui du Faucon crécerelle femelle (photos 43, 45 & 47) : 1°) il n’y a en effet pas de trait sourcilier sombre en arrière de l’œil, 2°) la moustache noire est moins marquée et moins visible, 3°) les stries sur la calotte sont plus fines et plus diffuses et les parotiques semblent plus pâles, presque blanchâtres, portant tout au plus de très légères stries grises (Corso 2000). Par ailleurs, la cire jaune du bec est plus développée chez le Faucon crécerellette, donc plus apparente, de même que la zone de peau nue jaune autour de l’œil (formant juste un fin cercle orbitaire jaune chez le Faucon crécerelle). La base de la mandibule inférieure étant également jaune chez le Faucon crécerellette, cette couleur apparaît aussi étendue que le gris-noir du bec, alors que la cire jaune est beaucoup plus petite et peu visible chez le Faucon crécerelle, dont la base du bec est en outre gris-bleu, non jaune.

Noter l’absence de trait sourcilier noir (1), la moustache fine et peu marquée (2),
la cire jaune vif très étendue (3) et la mandibule inférieure largement jaune (4).

Noter le net trait sourcilier noir (1), la moustache épaisse et bien dessinée (2),
la cire jaune pâle peu développée (3) et la mandibule inférieure gris bleuté (4).

Noter les parotiques blanchâtres presque non rayées, la moustache indistincte
et le jaune très proéminent autour de l’œil et de la base du bec

Noter les parotiques finement rayées de noir, la moustache noire très marquée
et le jaune limité à un fin cercle orbitaire et à la cire du bec.

Le brun-roux du dessus et le crème du dessous dominent sur les marques noires.

Les marques noires sont largement proéminentes, tant dessous que dessus.
Lorsqu’elles volent, il est plus délicat de distinguer les femelles Faucon crécerellette et Faucon crécerelle. En effet, les critères décrits précédemment (marques sur les parties supérieures et dessin facial) sont utilisables uniquement dans de bonnes conditions d’observation et surtout pour identifier des oiseaux posés. La silhouette plus compacte et la forme plus arrondie du bout des ailes du Faucon crécerellette (avec la P10 longue) restent utiles pour un oiseau en vol. De dessus, les sus-caudales grises du Faucon crécerellette femelle ressortent sur le brun du plumage (photos 48, 50 & 52) et sont donc un bon critère d’identification car, chez le Faucon crécerelle femelle, ces plumes sont brun-roux nettement barré de noir, comme le reste des parties supérieures et de la queue (photos 49 & 51). Certaines femelles (notamment très âgées) de Faucon crécerelle peuvent avoir les sus-caudales teintées de gris (photo 53), mais elles sont toujours nettement barrées de noir, alors qu’elles apparaissent quasiment unies (quelques barres gris foncé peu distinctes) chez le Faucon crécerellette.

Noter les sus-caudales grises qui ressortent sur le brun-roux du plumage.

Les sus-caudales sont du même brun-roux barré de noir que les parties supérieures et la queue.

L’aile peut sembler pointue quand elle est étendue, mais la longue P10 est visible à gauche.

Selon la position de l’aile, la P10 peut sembler longue (ici sur l’aile gauche, mais pas la droite).

Noter les sus-caudales grises quasiment unies et les rectrices externes en partie grisées.

Cette femelle a les sus-caudales grises, mais elles sont nettement barrées de noir.
De dessous, il peut être plus difficile encore de différencier les femelles des deux espèces, tant leurs plumages sont similaires. Cependant, chez le Faucon crécerellette, les rémiges faiblement barrées donnent à la partie postérieure de l’aile une pâleur qui contraste avec les couvertures sous-alaires tachetées de noir (photos 54 & 56), tandis que l’aile est plus uniformément tachée/barrée de noir chez le Faucon crécerelle femelle (photos 55 & 57).

Noter la pointe noirâtre non barrée des primaires externes et la longue P10.

Noter la P10 aussi courte que la P7 et les primaires externes barrées presque jusqu’au bout.

La base blanche (non barrée) des rémiges contraste avec les couvertures tachetées de noir.

Noter les rémiges entièrement barrées, donnant une aile uniformément tachetée de noir.
II-5. Plumages des juvéniles
Les juvéniles des deux espèces se distinguent des femelles adultes à leur plumage entièrement neuf et à l’épais liseré crème qui orne l’extrémité des couvertures primaires. Ce petit groupe de plumes, visibles aussi bien sur un oiseau posé qu’en vol (sur photo), fournit aussi un critère précieux pour différencier un Faucon crécerellette juvénile (photo 58) d’un Faucon crécerelle de même âge (photo 59). Le premier a en effet les couvertures primaires uniformément noires (tout au plus une rangée de points sur les plumes les plus externes chez la femelle juvénile), alors qu’elles portent des taches brunes chez le second, surtout chez la femelle juvénile (1-3 rangées de points), ce critère étant plus variable chez le mâle juvénile (0-2 rangées de points). Attention toutefois de bien avoir déterminé l’âge de l’oiseau au préalable, car les femelles adultes de Faucon crécerellette présentent quelques points sur les couvertures primaires internes (2 rangées) et externes (I rangée), mais ces plumes n’ont alors pas de liseré crème au bout, ce caractère étant propre aux oiseaux juvéniles (Ollé et al. 2020).

Noter les couvertures primaires noir uni, avec juste un épais liseré crème, typique des juvéniles.

Les couvertures primaires sont nettement tachées de brun-roux (ici, trois lignes de taches).
Chez le Faucon crécerellette juvénile, les primaires externes ne sont pas barrées au bout et leur base apparaît plus pâle que les couvertures sous-alaires. Elles forment une large pointe sombre et diffuse au bout de l’aile (photo 60), tandis qu’elles sont toujours barrées presque jusqu’au bout chez le Faucon crécerelle de même âge (photo 61). Chez ce dernier, les pointes sombres des primaires sont donc plus courtes, plus noires et plus nettement délimitées, formant une ligne sombre distincte le long du bord de fuite de la main, l’aile étant uniformément tachée de sombre (Forsman 2017). De plus, la queue du Faucon crécerelle apparaît légèrement plus longue, mais ce critère nécessite une comparaison directe.

Noter le noir très étendu à la pointe des primaires, qui ne sont pas barrées au bout.

Noter les rémiges barrées presque jusqu’à l’extrémité, le noir y étant limité.
La tête paraissant plus ronde et souvent davantage rentrée dans les épaules que chez le Faucon crécerelle ainsi que les tarses plus courts donnent au Faucon crécerellette posé un aspect plus «ramassé» (Christian Riols in litt.). De plus, les juvéniles (surtout les mâles) ont globalement le dos plus «sable», moins roux que les jeunes Faucons crécerelles, et chez le mâle juvénile, la tête est assez souvent déjà grisâtre, notamment au niveau de la nuque, ce qui produit un aspect bicolore différent de celui du Faucon crécerelle (Christian Riols in litt.). Enfin le dessin de la tête comporte, comme chez la femelle adulte (voir II-4), des caractères distinctifs, à savoir des parotiques pâles non rayées, une moustache peu marquée (femelle) voire indistincte (mâle) et l’absence de trait sourcilier sombre (photo 62). En outre, les ongles pâles (voir II-2) et, en vol, la P10 plus longue que la P7 (voir II-1) sont des critères précieux pour identifier les juvéniles.

Noter l’absence de trait sourcilier noir, les ongles pâles et la moustache peu marquée des jeunes Faucons crécerellettes ainsi que leur taille inférieure à celle du Faucon crécerelle.
II-6. Vocalisations
Les Faucons crécerellettes sont extrêmement loquaces sur les colonies de reproduction et relativement silencieux en dehors, mais émettent des cris de contact typiques lorsqu’ils chassent en groupe. Ils possèdent plusieurs types de cris différents, dont l’un (son 1) ressemble globalement à un des cris du Faucon crécerelle et l’autre (son 2) est très distinct et caractéristique de l’espèce, ce qui permet de la repérer immédiatement. Les juvéniles émettent uniquement le premier, tandis que les adultes utilisent indifféremment l’un ou l’autre, le second étant le plus fréquent dans les colonies. Les sons 3 et 4 ci-après illustrent les cris typiques du Faucon crécerelle.
III – Pour conclure
Les principaux critères sur lesquels on peut fonder l’identification d’un Faucon crécerellette, quel que soit son sexe et son âge, sont essentiellement la formule alaire, avec la P10 beaucoup plus longue que la P7 et presque aussi longue que la P8, et la couleur des ongles (corne ou ivoire). Pour les oiseaux en plumage féminin (juvéniles et femelles), on peut y ajouter le dessin facial, notamment l’absence de trait sourcilier noir, la moustache peu marquée et l’importance du jaune à la base du bec, ainsi que les rémiges peu barrées. Les vocalisations ne sont utiles que dans le cas des adultes, qui possèdent un cri spécifique (non émis par les juvéniles). Bien sûr, la plupart des critères sont surtout visibles sur des photographies ou des oiseaux posés à faible distance, mais ils permettent à coup sûr de distinguer l’espèce d’un Faucon crécerelle. Et avec l’expérience, on finit par percevoir les différences de structure (silhouette plus compacte, queue proportionnellement plus courte et bout de l’aile plus arrondi) et la façon de voler distincte du premier par rapport au second. Je n’ai pas repris le critère, souvent cité, du noir de la paire centrale de rectrices qui est plus proéminent chez le Faucon crécerellette (en tous plumages), car il n’est pas toujours visible et peut apparaître chez certains Faucons crécerelles en mue active.
Je terminerai par quelques photos commentées (photos 63 à 68) et en attirant l’attention des ornithos sur la possibilité (très hypothétique toutefois…) de l’arrivée d’un mâle oriental (pekinensis ou intermédiaire) en France à l’automne, un examen attentif de l’étendue du gris sur les couvertures sus-alaires devant alors permettre de l’identifier.

Noter le dos et les moyennes et petites couvertures sans taches noires.

Noter le dessus et le dessous abondamment tachés de noir.

Noter les rémiges blanchâtres contrastant avec les couvertures sous-alaires tachetées de noir.

Noter le dessous de l’aile uniformément barré (rémiges) et tacheté (couvertures) de noir.

La queue ressemble à celle du mâle adulte, mais avec de fines barres additionnelles.

Noter le trait sourcilier noir, la moustache nette, les rémiges barrées et les ongles noirs.

Références : • Bhatt N. & Ganpule P. (2015). Common Kestrel Falco tinnunculus with unusual symmetrically pale claws. Indian Birds 10(5) : 128-129. • Catry I., Dias M.P., Catry T., Afanasyev V., Fox J., Franco A.M.A. & Sutherland W.J. (2011). Individual variation in migratory movements and winter behaviour of Iberian Lesser Kestrels Falco naumanni revealed by geolocators. Ibis 153 : 154-164. • Corso A, Viganò M, Jansen J.J.F & Starnini L. (2016). Geographical plumage variation in Lesser Kestrel. Dutch Birding 38-5 : 271-292. • Corso A. (2000). Less is More: British vagrants, Lesser Kestrel. Birdwatch 91 : 29-33. • Corso A. (2001). Notes on the moult and plumages of Lesser Kestrel. British Birds 94-9 : 409-418. • Corso A., Starnini L., Viganò M. & Jansen J. (2015). A quantitative morphological geographical study from a widely distributed raptor: the Lesser Kestrel Falco naumanni Fleischer, 1818 (Falconiformes Falconidae). Biodiversity Journal 6-1 : 285-296.• Cramp S. & Simmons K.E.L. (2020). BWP : Birds of the Western Palearctic app. NatureGuides Ltd • de Schipper N. (2001). Common Kestrel with white central claws. Dutch Birding 23 : 85-86. • Duquet M. & Reeber S. (2019). Comprendre la mue des oiseaux. Une aide pour l’ornitho de terrain. Delachaux et Niestlé, Paris. • Forsman D. (2017). Identifier les rapaces en vol. Europe, Afrique du Nord et Moyen-Orient. Delachaux et Niestlé, Paris. • Ollé A., Montràs-Janer T. & Goy J. (2020). Identification of juvenile Lesser Kestrel : keys to differentiate from juvenile Common Kestrel. Raptor Identification, 10/11/2020. • Orta J. & Kirwan G.M. (2020). Lesser Kestrel (Falco naumanni), version 1.0. In del Hoyo J., Elliott A., Sargatal J., Christie D.A. & de Juana E. (eds), Birds of the World. Cornell Lab of Ornithology, Ithaca. • Swinhoe R. (1870). Zoological notes of a journey from Canton to Peking and Kalgan. Proceedings Zoological Society of London 38 : 427-451.
Remerciements : cet article doit énormément aux nombreuses et excellentes photos mises en ligne sur eBird par divers photographes, notamment espagnols et tout spécialement par Andrés Rojas Sánchez, dont les clichés ont été très précieux. De même, le travail d’Ollé et al. (2020) a constitué une base essentielle pour la réalisation de cette publication. Qu’ils en soient remerciés ! Un grand merci également à Philippe J. Dubois pour sa relecture et ses remarques ainsi qu’à Romain et Christian Riols dont les commentaires avisés ont enrichi cet article.
Citation recommandée : Duquet M. (2026). Identifier le Faucon crécerellette. Post-Ornithos 3 : e2026.08.05.

