OrnithoScience : la Buse est de moins en moins variable

Buse variable de type intermédiaire sombre, Doubs, décembre 2005 (© Didier Pépin)

Un polymorphisme de la couleur du plumage est observé chez environ 3,5% des espèces d’oiseaux, tout spécialement chez les rapaces, les buses du genre Buteo comptant 15 espèces polymorphes sur 25, ce qui est supérieur à tout autre genre d’Accipitriformes. Chez la Buse variable Buteo buteo, la variation de la coloration est continue entre les individus très sombres et les individus très pâles. Pendant longtemps, les ornithologues ont distingué trois formes de plumages – sombre, intermédiaire et pâle –, avec une transition graduelle entre celles-ci. Kappers et al. (2017) ont montré que la variation de coloration de la Buse variable était en fait totalement progressive et que l’on pouvait distinguer non pas trois mais sept types de plumages : très sombre, sombre, intermédiaire sombre, intermédiaire, intermédiaire pâle, pâle et très pâle (fig. 1). 

Kappers et al. (2017) ont également montré que, même si le plumage des Buses variables avait tendance à s’assombrir quelque peu chez l’adulte, le type de coloration auquel appartient un individu ne change pas radicalement avec l’âge, tout au plus évolue-t-il d’une valeur : par exemple, un juvénile de type intermédiaire pâle peut devenir un adulte intermédiaire, un juvénile intermédiaire devient au maximum un adulte intermédiaire sombre et donc un juvénile très pâle reste pâle ou très pâle une fois adulte. L’idée répandue que les Buses variables blanches sont surtout des juvéniles n’est donc pas fondée. Elle résulte sans doute d’une dispersion à plus longue distance des jeunes oiseaux par rapport aux adultes : les buses blanches qui arrivent en Europe moyenne sont donc en majorité des juvéniles. Elles constituent de réels pièges d’identification pour les ornithos français, même aguerris (Duquet 2022).

Des recherches récentes (Delhey et al. 2026) ont révélé une répartition géographique spécifique des différents types de plumage et indiquent que les plumages intermédiaires tendent à devenir dominants sur l’ensemble du continent européen. La variation de couleur de la Buse variable présente ainsi une structure géographique : 
• les buses pâles se rencontrent principalement dans le centre-nord de l’Europe, en particulier au Benelux et dans le nord de l’Allemagne,
• celles de couleur intermédiaire vivent surtout en Europe du Sud-Est et dans les îles Britanniques, 
• et les plus sombres dans la péninsule ibérique et dans l’ouest de la France. 
Les buses pâles vivent dans des zones où les températures et le rayonnement UVB sont plus faibles et où les sols volcaniques sont peu présents, tandis que les oiseaux plus sombres sont plus courants dans les régions boisées. 

fig. 1. Variation de la coloration de plumage de la Buse variable (en haut, d’après Duquet 2022, dessins de François Desbordes, et en bas, d’après Kappers et al. 2017)

Selon Delhey et al. (2026), les Buses variables de couleur intermédiaire présentent une meilleure aptitude à la survie. Mais surtout ces auteurs ont également constaté qu’entre 2000 et 2022, la proportion de buses sombres et claires avait diminué en Europe, tandis que la proportion d’oiseaux intermédiaires s’était accrue (fig. 1), réduisant ainsi la variation de la coloration de l’espèce au fil du temps. Le déclin des buses pâles s’avère plus marqué dans les régions qui connaissent une forte hausse des températures et à l’inverse, la diminution des formes sombres et l’augmentation des formes intermédiaires sont plus prononcées là où le couvert forestier s’est réduit. Cela suggère que la photoprotection et le camouflage expliqueraient en partie la variation spatiale de la couleur des buses, et que les sols riches en soufre pourraient favoriser une pigmentation accrue.
 
Ayant perdu sa large variété de plumages, la Buse variable devra-t-elle être renommée Buse commune à l’avenir ?

Buse variable de type très pâle, République tchèque, décembre 2022 (© Pavel Štěpánek)

Références : • Delhey K., Kappers E.F., Valcu M., Both C. & Kempenaers B. (2026). Environmental correlates of spatio-temporal patterns of colour variation in a bird of prey: The Common Buzzard (Buteo buteo). Ibis 168 : 985-1001. • Duquet M. (2022). Pièges de l’identification. Les Buses variables Buteo buteo«blanches». Ornithos 29-6 : 355-368. • Kappers E.F., Chakarov N., Krüger O., Mueller A.K., Valcu M., Kempenaers B. & Both C. (2017). Classification and temporal stability of plumage variation in Common Buzzards. Ardea 105 : 125-136.

Citation recommandée : Duquet M. (2026). OrnithoScience : la Buse est de moins en moins variable. Post-Ornithos 3 : e2026.09.15.