Tarier des prés capturant un insecte en plein vol
Par Marc Duquet & Guy Flohart
Le développement fulgurant de la photographie numérique et les capacités incroyables des boîtiers récents nous permettent de voir des choses que notre œil et notre cerveau n’ont pas le temps de percevoir. Voici un montage numérique réalisé avec Photoshop, montrant la séquence de chasse d’un Tarier des prés mâle capturant un petit coléoptère en plein vol. Les positions prises par l’oiseau au cours de ce petit vol parabolique sont tout simplement étonnantes. Cette série de photos a été prise le 9 septembre 2025 à Audinghen (Pas-de-Calais), en mode rafale (20 i/s) avec un boîtier Nikon Z8, hybride plein format, équipé d’un objectif AF/S Nikkor 500 mm f/5.6 à une vitesse d’obturation de 1/6400 s et une sensibilité de 800 ISO.

À propos du comportement de chasse du Tarier des prés, Géroudet (1974, 2010) écrit : «Il poursuit les insectes en l’air avec habileté, pratique très souvent le vol sur place au-dessus de la prairie. À tout moment, il quitte son perchoir et fond sur quelque bestiole qu’il a repérée, soit dans l’herbe, soit sur la terre nue». Urquhart (2002) indique que l’espèce chasse habituellement ses proies depuis un perchoir bas et les capture au sol avant de retourner au même poste d’affût ou sur un autre, similaire. De même, Clement & Rose (2015) écrivent que le Tarier des prés se nourrit à partir d’un perchoir peu élevé (buisson, clôture, poteau ou sommet d’une plante haute et mince), d’où il scrute le sol avant de se laisser tomber sur sa proie, puis retourne au même perchoir ou sur un autre proche. Urquhart (op. cit.) et Clement & Rose (op. cit.) considèrent comme occasionnelles les incursions aériennes pour attraper des insectes en plein vol.
Tous ces auteurs décrivent le régime alimentaire du Tarier des prés, comme étant composé de petits invertébrés et en majorité d’insectes (adultes et larves), principalement des Coléoptères, des Hyménoptères et des Diptères, mais aussi des sauterelles, des criquets, des forficules, des punaises et des papillons. Le Tarier des prés capture aussi régulièrement des araignées, des myriapodes, des vers de terre et des petits escargots, et mange à l’occasion quelques baies (mûres surtout) et graines. Un cas de prédation d’un jeune Lézard vivipare a même été rapporté dans le massif du Jura (Nardin & Nardin 2010), traduisant l’adaptation de divers passereaux, principalement insectivores, à la capture de petits vertébrés (Duquet 2023a, 2023b).

Après la capture, le tarier secoue la tête de droite à gauche, sans doute pour étourdir l’insecte.

Les couvertures primaires blanches à pointe noire bien délimitée sont typiques d’un mâle adulte.
Si la proie (petit coléoptère) capturée par ce Tarier des prés est tout à fait habituelle pour l’espèce, le comportement de chasse de type gobemouche illustré par ce montage est beaucoup moins fréquent et le capter en détail sur une série de photographies plus encore.
Références : • Clement P. & Rose C. (2015). Robins and Chats. Christopher Helm, London. • Duquet M. (2023a). La prédation de vertébrés par des passereaux : essai de synthèse des cas connus. Ornithos 30-4 : 187-211. • Duquet M. (2023b). La prédation de vertébrés par des passereaux : données complémentaires. Ornithos 30-6 : 355-356. • Géroudet P. (1974). Les Passereaux d’Europe. II : des mésanges aux fauvettes. Delachaux et Niestlé, Neuchâtel. • Géroudet P. (2010). Les Passereaux d’Europe. Tome 1, des Coucous aux Merles. Delachaux et Niestlé, Paris. • Nardin C. & Nardin G. (2010). Capture d’un lézard par le Tarier des prés Saxicola rubetra dans le Haut-Doubs. Ornithos 17-2 : 132-133. • Urquhart E. (2002). Stonechats. A guide to the Genus Saxicola. Christopher Helm, London.
Citation recommandée : Duquet M. & Flohart G. (2026). Tarier des prés capturant un insecte en plein vol. Post-Ornithos 3 : e2026.01.21.
