Topographie de l’oiseau (II) : la queue et les parties supérieures

Rougequeues à front blanc, Émirats Arabes Unis, mars 2020 (© Mohamed Almazrouei)

Après un premier article traitant de la tête et des parties inférieures, ce second volet de la topographie de l’oiseau est consacré aux parties supérieures, depuis la nuque jusqu’à la queue. S’il est facile de situer la queue d’un oiseau, il est moins aisé de localiser ses sus-caudales, son croupion, son dos ou son manteau. Heureusement, chez certaines espèces, ces différentes parties du corps de l’oiseau présentent des couleurs bien distinctes, ce qui facilite leur localisation. Pour bien apprendre la terminologie et localiser les différentes parties du corps, l’idéal est de s’entraîner à partir de photographies ou en examinant des oiseaux communs et (généralement) visibles de près, comme le Moineau domestique, la Bergeronnette grise ou encore les mésanges.

I – Groupes de plumes et topographie des parties supérieures

Les plumes formant les parties supérieures d’un oiseau appartiennent : 1°) à la ptérylie spinale, qui s’étend le long de la colonne vertébrale, de la base de la nuque jusqu’à la racine de la queue et 2°) aux ptérylies humérales, qui couvrent l’épaule et l’humérus, de part et d’autre du dos. La première définit le manteau, le dos et le croupion, et les secondes les scapulaires et, chez les grandes espèces, les plumes et couvertures humérales.

I-1) Déjà évoquée dans la topographie de la tête, la nuque (angl. nape) correspond à la partie postérieure du crâne et du cou. Elle est couverte de plumes duveteuses assez longues, qui enveloppent les côtés du cou, à l’arrière des couvertures auriculaires et de la région malaire. 

I-2) Le manteau (angl. mantle) est limité à l’avant par le bas de la nuque et bordé de chaque côté par les scapulaires (voir plus loin), plumes qui recouvrent la base des ailes. Le manteau est la partie du corps que l’on aurait naturellement tendance à appeler le dos, mais qui correspond seulement à la partie antérieure du «dessus» de l’oiseau, comprise entre les deux ailes. 

Les bretelles (angl. braces) blanches visibles sur les parties supérieures du Pipit à gorge rousse et du Pipit de la Petchora se situent sur les côtés du manteau. Le V blanc le plus visible de certains bécasseaux juvéniles (par exemple le Bécasseau tacheté ou le Bécasseau minute) correspond aux bretelles (limite entre manteau et scapulaires).

Pipit de la Petchora, Alaska, septembre 2025 (© Kevin Cornman)
Avocette élégante, Espagne, mai 2020 (© Santiago Caballero Carrera)

I-3) Les scapulaires (angl. scapulars), plumes recouvrant les épaules, forment un ensemble assez distinct, dessinant un gros ovale de part et d’autre du manteau, à la base des ailes. Ce sont des tectrices qui font la liaison entre l’aile et le corps de l’oiseau, assurant une transition progressive et continue entre les couvertures sus-alaires et les tertiaires d’une part et entre le dos et le manteau d’autre part. Peu distinctes chez les passereaux, elles sont à l’inverse bien visibles chez les limicoles, par exemple chez l’Avocette élégante où elles sont noires alors que les plumes qui les entourent sont blanches. Chez la plupart des chevaliers et des bécasseaux, on peut même différencier les trois rangées de scapulaires supérieures (angl. upper scapulars) et les deux rangées de scapulaires inférieures (angl. lower scapulars), plus grandes, dont la forme, la taille et la coloration diffèrent souvent. En plus de celui qui est visible sur les bords du manteau de certains bécasseaux juvéniles, un second V blanc, moins marqué toutefois, est dessiné par l’extrémité des plumes de la rangée supérieure des scapulaires inférieures.

I-4) Peu étendu, le dos (angl. back) est délimité à l’avant par le manteau et à l’arrière par le croupion. Sa couleur est souvent la même que celle du manteau et/ou du croupion, ce qui le rend alors difficile à localiser. Mais chez le Monticole de roche, le dos blanc ressort clairement entre le manteau et le croupion noirs. De même, chez l’Hirondelle rousseline ces différentes parties ont des couleurs très différentes ce qui permet de les distinguer facilement.

Monticole de roche, Espagne, mai 2024 (© Ricky Owen)

I-5) Entre le dos et la queue, le croupion (angl. rump) est un ensemble de plumes recouvrant les os pelviens. Il est délimité de chaque côté par les flancs et à la base de la queue par les sus-caudales. Chez de nombreux fringilles, le croupion a une coloration unie qui tranche avec le reste des parties supérieures : il est blanc chez le Bouvreuil pivoine et le Pinson du Nord, jaune chez le Serin cini, rose chez les roselins. Mais chez le Pinson des arbres ou le Moineau domestique, croupion et dos sont de la même couleur (olive chez le premier, gris chez le second) et contrastent avec le manteau, qui est respectivement brun vineux et marron rayé de noir. 

I-6) En arrière du croupion se trouvent les sus-caudales (angl. uppertail-coverts), décrites plus loin avec la queue. 

Hirondelle rousseline, Portugal, août 2023 (© George Dunbar)

I-7) Termes spécifiques
Chez les laridés, le terme “manteau” est utilisé pour désigner l’ensemble de la surface grise (plus ou moins foncée) formée par le manteau, les scapulaires et les couvertures sus-alaires. De même, chez les guifettes, l’ensemble “manteau + scapulaires” définit la selle (angl. saddle), une zone brune visible sur les parties supérieures des juvéniles et particulièrement marquée chez la Guifette leucoptère.

Goéland argenté, Norvège, mai 2025 (© Alexander Thomas)
Guifette leucoptère, République tchèque, août 2024 (© Veronika Švestková)

Les V blancs de certains bécasseaux juvéniles (par exemple le Bécasseau tacheté ou le Bécasseau minute) correspondent d’une part aux bretelles (bord externe du manteau au contact des scapulaires) et d’autre part à une ligne formée par l’extrémité des plumes de la rangée supérieure des scapulaires inférieures.

Bécasseau tacheté, États-Unis, septembre 2013 (© Dorian Anderson)

Remarque : les Américains ne désignent pas les parties supérieures de la même façon que les ornithologues européens. Ainsi, Sibley (2014) nomme dos l’ensemble formé par les scapulaires et le manteau, et divise le croupion en deux parties : le croupion supérieur (angl. upper rump) et le croupion inférieur (angl. lower rump), qui correspondent respectivement au dos et au croupion tels qu’ils sont définis en Europe. À l’inverse de Sibley (op. cit.), Proctor & Lynch (1993) considèrent que c’est le dos qui se trouve entre les scapulaires, et que c’est l’ensemble dos + scapulaires qui constitue le manteau… Refermons cette parenthèse et restons-en à la topographie européenne !

II – Groupes de plumes et topographie de la queue

Les plumes issues de la ptérylie caudale forment la queue de l’oiseau, qui inclut les rectrices, partie la plus visible de cette dernière, ainsi que les couvertures sus-caudales et sous-caudales, qui recouvrent la base des rectrices respectivement sur la face supérieure et inférieure du corps de l’oiseau. Comme les rémiges, les rectrices sont des pennes ou plumes de vol, composées de trois parties : la hampe (angl. calamus ou quill), un tuyau corné située à la base de la plume et qui la fixe au corps de l’oiseau, le rachis (angl. shaft), qui prolonge la hampe, et l’étendard (angl. vane), qui s’étend de part et d’autre du rachis et se divise en vexille interne (angl. inner web) du côté du corps de l’oiseau et vexille externe (angl. outer web), à l’opposé. Les rectrices sont asymétriques, leur vexille interne étant plus développé que leur vexille externe. La plupart des oiseaux ont 12 rectrices (6 paires symétriques par rapport à l’axe de la queue) : c’est le cas de presque tous les passereaux européens, des rapaces diurnes et nocturnes, des puffins, des rallidés, des hérons, des laridés, des labbes, des pics (mais les externes sont très courtes), des pigeons et des tourterelles, des guêpiers, etc. Quelques espèces en ont seulement 10 : le Butor étoilé, la Bouscarle de Cetti, les martinets et les engoulevents. À l’inverse, les canards ont, selon les espèces, de 14 à 18 rectrices, les oies de 16 à 20, les cygnes de 20 à 24, les plongeons de 18 à 20. Les grèbes ont une queue vestigiale et sont donc dépourvus de rectrices (Baker 1993, Grant & Mullarney 1989).

Numérotation des rectrices, Rougequeue noir, mâle, Allemagne, mai 2025 (© Holger Schneider)

II-1) La queue (angl. tail) apparente d’un oiseau est constituée des rectrices (angl. tail-feathers), qui sont fixées sur le pygostyle, une lame osseuse aplatie résultant de la fusion des dernières vertèbres caudales (l’équivalent de notre coccyx). Le pygostyle est lui-même précédé de 6 vertèbres caudales libres, de taille réduite, qui constituent un support flexible pour les muscles, permettant à la queue de jouer son rôle de gouvernail ou de frein lorsque l’oiseau vole (Proctor & Lynch 1993). 

La queue d’un oiseau s’ouvre et se ferme comme un éventail, chaque rectrice recouvrant la suivante, du centre vers l’extérieur. De dessus, lorsque la queue est totalement fermée, la paire de rectrices centrales (R1) recouvre donc quasiment la totalité des autres rectrices. C’est particulièrement visible chez les rougequeues : fermée la queue paraît brune car les rectrices centrales sont brunes et non orange. De dessous, ce sont les deux rectrices externes (R6) qui demeurent visibles et cachent les autres. Cela signifie que la meilleure façon de voir le dessin des rectrices externes consiste à voir la queue (même fermée) de dessous, par exemple lorsque l’oiseau la relève (Grant & Mullarney 1989). Chez de nombreuses espèces, les rectrices externes présentent du blanc ou du gris sur le vexille externe, que l’oiseau dévoile quand il s’envole et dont l’étendue peut constituer un critère d’identification important.

Visibilité des rectrices sur la face supérieure de la queue selon qu’elle est fermée (à g., Rougequeue à front blanc femelle, Espagne, octobre 2024 © Juan José Bazan Hiraldo)
ou ouverte (à dr., Rougequeue à front blanc femelle, République tchèque, août 2024 © Vladimira Babincová)
Visibilité des rectrices sur la face inférieure de la queue selon qu’elle est fermée (à g., Rougequeue à front blanc, mâle, Émirats Arabes Unis, mars 2020 © Mohamed Almazrouei)
ou ouverte (à dr., Rougequeue à front blanc, mâle, Espagne, octobre 2024 © Rafael García)

II-2) Les sus-caudales (angl. uppertail-coverts) sont un ensemble de petites plumes rigides qui recouvrent et protègent la base des rectrices ; elles sont disposées en arc de cercle et les sus-caudales centrales sont plus longues que les externes. Elles ont souvent la même coloration que le croupion et c’est alors seulement la position et la taille de ces plumes qui permet de les distinguer. Le «croupion» blanc des busards est en réalité formé par les sus-caudales, tout comme l’anneau blanc à la base de la queue de certains grands aigles.

Busard cendré, mâle, Tarn, avril 2007 (© Christian Aussaguel)
Busard cendré, Émirats Arabes Unis, mars 2021 (© Mohamed Almazrouel)
Aigle criard, Thaïlande, octobre 2023 (© Yeray Seminario)

II-3) Particularités et termes spécifiques
Chez certaines espèces, la paire de rectrices centrales (guêpiers, labbes, Harelde boréale, Canard pilet, faisans, phaétons) ou externes (nombreuses hirondelles et sternes, plusieurs rolliers africains) sont plus longues que les autres et ont un aspect effilé : on parle alors de filets caudaux (angl. tail-streamers). La queue du Martinet ramoneur d’Amérique du Nord est courte et chaque rectrice est terminée par une petite pointe cornée (angl. tail spine). Les deux paires de rectrices centrales du Canard colvert mâle sont recourbées vers le haut, dessinant un frisottis (angl. drake feathers) noir sur le dessus de la queue. Chez le Tétras lyre, toutes les rectrices sont recourbées vers l’extérieur, dessinant une forme de lyre, à l’origine du nom de l’espèce. Les rectrices des pics et des grimpereaux sont particulièrement rigides et pointues, ce qui permet à la queue de servir de troisième point d’appui lorsque l’oiseau escalade les troncs à la verticale.

Labbe à longue queue, Alaska, juin 2013 (© Ian Davies)
Phaéton à bec rouge, Hawaï, janvier 2019 (© Sharif Uddin)
Canard colvert, Illinois, février 2024 (© John Plummer)
Martinet ramoneur, Indiana, août 2022 (© Peter F.)
Pic épeiche, Suède, avril 2016 (© Ivan Sjögren)
Pic épeiche, Espagne, janvier 2021 (© Jorge García Mora)

Certains oiseaux ont une queue spectaculaire qui n’en est pas une… Ainsi, lorsque le Paon bleu fait la roue, sa spectaculaire queue n’est pas formé de ses rectrices, mais de ses sus-caudales, qui sont extrêmement longues et modifiées, produisant des ocelles multicolores du plus bel effet. De même, la queue en panache ou queue de coq de certaines espèces de grues est constituée des tertiaires et rémiges secondaires, très allongées, non de leurs rectrices. C’est peu visible chez la Grue cendrée, au plumage entièrement gris, mais très évident chez la Grue du Japon ou la Grue moineQuand ils sont posés, l’Engoulevent à balanciers et l’Engoulevent porte-étendard, deux espèces africaines, semblent avoir de très longs filets latéraux à la queue, mais dès qu’ils s’envolent, on constate que leurs rectrices sont normales et que ce sont en réalité leurs rémiges primaires internes qui ont cette forme étrange.

Le troisième volet de cette série sur la topographie sera consacré aux termes relatifs à l’aile pliée et ouverte.

Références: • Baker K. (1993). Identification Guide to European Non-Passerines. BTO Guide 24. British Trust for Ornithology, Thetford. • Grant P.J. & Mullarney K. (1989). The New Approach to identification. Peter Grant, Ashford. • Proctor N.S. & Lynch P.J. (1993). Manual of Ornithology. Avian Structure & Function. Yale University Press, New Haven and London. • Sibley D.A. (2014). The Sibley Guide to Birds. Second Edition. Alfred A. Knopf, New York.

Citation recommandée : Duquet M. (2026). Topographie de l’oiseau (II) : la queue et les parties supérieures. Post-Ornithos 3 : e2026.03.05.