Passereaux néarctiques : les premières françaises potentielles

Merle d’Amérique, Québec, novembre 2023 (© Étienne Artigau)

En complément de la liste des données françaises de passereaux néarctiques publiée récemment, voici une synthèse des mentions européennes d’espèces non encore vues en France, mais susceptibles d’intégrer un jour ou l’autre la Liste des oiseaux de France. En d’autres termes, voici la liste des « yankees » à rechercher sur les îles bretonnes à l’automne pour « faire une première française » ! Cette liste a été établie à partir de celle de Hobbs (2025) relative au Paléarctique occidental, en excluant les données provenant des régions ultrapériphériques que sont les îles de Macaronésie (Madère, Canaries et Açores). Pour les espèces ayant déjà été vues en France, le nombre de données européennes figure en commentaire des observations de la liste française des passereaux néarctiques.

Potentielles futures premières françaises
Compte tenu du nombre élevé de mentions dans le Paléarctique occidental et du fait qu’elles ont déjà été vues sur le continent européen (c’est-à-dire hors des îles Britanniques et de l’Islande), les espèces suivantes présentent une probabilité élevée d’arriver prochainement sur le territoire français. Elles sont classées dans l’ordre systématique, non en termes de probabilité d’apparition. Pour chacune sont indiqués les pays où elles ont déjà été observées, avec les mois et année d’observation, suivis d’un bref commentaire.

>> Jaseur d’Amérique (Cedar Waxwing) : Grande-Bretagne, juin 1985, fév 1996, sept 2013, juin 2015 (3 données), oct 2017 – Islande, avril 1989, oct 2003 – Irlande, oct 2009, nov 2012, juin 2015.
Bien que les données les plus récentes remontent à 2015 et 2017, une attention particulière doit être portée aux jaseurs vus sur les îles bretonnes à l’automne. La distinction avec le Jaseur boréal n’est en effet pas forcément évidente lorsque les conditions d’observation ne sont pas optimales, par exemple dans le cas d’oiseaux en vol ou posés à contre-jour. Mais l’absence de blanc sur l’aile, le bas-ventre et les sous-caudales jaunâtres et le masque noir plus épais en avant de l’œil chez le Jaseur d’Amérique sont typiques.

Jaseur d’Amérique (à g.), Canada, juillet 2021 (© Peter Hawrylyshyn) et Jaseur boréal, Canada, février 2024 (© Kiah R. Jasper)
Jaseur boréal, États-Unis, février 2020 (© Mason Maron)
Jaseur d’Amérique, États-Unis, juin 2020 (© Ilya Povalyaev)

>> Alouette cornue (American Horned Lark) : Grande-Bretagne, oct 2001, oct 2014, nov 2017 – Irlande, oct 2021 (2 données).
Il existe également deux autres mentions probables en Islande et en Irlande. Même si le nombre de données avérées en Europe est faible, cela résulte sans doute pour partie des difficultés d’identification de ce taxon. Une attention particulière doit donc être portée aux Alouettes « haussecols » qui arrivent en octobre-novembre sur les îles bretonnes, où l’occurrence d’oiseaux européens reste toutefois la plus probable. Sur le plan taxonomique,  Drovetski et al. (2014)  considèrent que les oiseaux néarctiques sont susceptibles de représenter une bonne espèce, l’Alouette cornue Ealpestris, mais compte tenu de leur divergence récente par rapport à l’Alouette haussecol E. flava,  Ghorbani et al. (2020)  proposent de continuer à les traiter comme conspécifiques, tout en admettant qu’ils devraient faire l’objet d’une révision taxonomique. Dans son dernier guide,  van Duivendijk (2024)  les différencie sous l’appellation Alouette haussecol Eremophila (alpestris)  gr. flava (Shore Lark) pour le taxon européen et Alouette cornue Eremophila (alpestris)  gr. alpestris (Horned Lark) pour les oiseaux nord-américains. Cet auteur indique quelques critères typiques de l’Alouette cornue : le sourcil blanchâtre contrastant avec la gorge jaune, le bec assez long et pointu, les petites couvertures brun rosé ne contrastant pas avec les moyennes et grandes couvertures sus-alaires brun pur (contraste marqué chez l’Alouette haussecol).

Alouette cornue, New Jersey, novembre 2020 (© Michael Stubblefield)
Alouette haussecol, France, décembre 2024 (© Maxence Pajot)

>> Grive solitaire (Hermit Thrush) : avec 36 données européennes (14 en Islande, 13 en Grande-Bretagne, 4 en Allemagne au XIXsiècle, 3 en Irlande, 1 au Danemark et 1 en Suède), pour l’essentiel en octobre-novembre, cette grive a un bon potentiel de première française, même si la dernière mention européenne remonte à 2021…

>> Grive fauve (Veery) : Angleterre, oct 1970, oct 1987, mai 1997, oct 1999 – Écosse, oct 1995, oct 2002, sept 2005, oct 2009 (2 données), nov 2011, mai 2015, sept 2023 – Irlande, oct 2018 – Suède, sept 1978 – Norvège, oct 2021.
Comme la Grive solitaire, cette espèce fait partie des potentielles premières françaises.

Grive solitaire, Québec, octobre 2021 (© Frédérick Lelièvre)
Grive fauve, New Jersey, septembre 2024 (© Michael Stubblefield)

>> Merle d’Amérique (American Robin) : plus de 60 données, parmi lesquelles une dizaine ont été obtenues au XIXe siècle et au début du XXe siècle en Allemagne (5), Autriche (3) et Irlande (3). Les données « contemporaines » (après 1950) proviennent très majoritairement des îles Britanniques (29 en Grande-Bretagne, 11 en Irlande), auxquelles s’ajoutent quelques mentions d’Islande (6), d’Espagne (2), de Belgique (2), de Suède (2), des Pays-Bas (1), du Danemark (1) et d’Allemagne (1). Compte tenu des nombreuses observations faites en Europe, tant dans les îles que sur le continent, y compris dans des pays frontaliers de la France, il est étonnant que le Merle d’Amérique ne figure pas encore sur la liste des oiseaux de France ; il existe cependant deux mentions anciennes citées par Cruon & Nicollau-Guillaumet (1985)  : l’une concerne un individu vu dans la Manche près de Lessay (Lévêque 1956) et rejetée en son temps par le CHN en l’absence de description de l’oiseau ; l’autre se rapporte à un mâle adulte capturé en 1834 à Vadenay (Marne) et figurant au musée de Châlons-sur-Marne et n’a, à ma connaissance, jamais été évaluée, même si la localisation géographique laisse planer un doute sur l’origine de cet individu.

Merle d’Amérique, Québec, novembre 2018 (© François Martin)

>> Paruline masquée (Common Yellowthroat) : Grande-Bretagne, nov 1954, juin 1984, oct 1984, janv 1989, sept 1996, mai 1997, oct 1997, oct 2004, oct 2006, fév 2012 – Islande, sept 1997, sept 2010, oct 2011, sept 2021 – Espagne, sept 2014, mai 2022, oct 2024 – Irlande, oct 2003, sept 2016 – Norvège, oct 2022, août 2023 – Suisse, oct 2022 – Portugal, oct 2010.
Avec plus de 20 données en Europe, cette paruline fait incontestablement partie des futures premières françaises potentielles, même si elle n’est pas observée chaque année en Europe (en moyenne 6-7 données par décennies depuis les années 1990).

>> Paruline à croupion jaune (Myrtle Warbler) : Grande-Bretagne (27), Irlande (20), Pays-Bas (2), Norvège (1), Espagne (1), Gibraltar (1).
Figurant parmi les trois parulines qui s’égarent le plus fréquemment en Europe, et ayant de surcroît déjà été vue à plusieurs reprises sur le continent, la Paruline à croupion jaune est une candidate très sérieuse pour une future première française.

Paruline masquée, New Jersey, septembre 2024 (© Michael Stubblefield)
Paruline à croupion jaune, Québec, octobre 2020 (© Yannick Fleury)

>> Junco ardoisé (Dark-eyed Junco) : Grande-Bretagne (59 données), Suède (2), Pays-Bas (6), Irlande (3), Norvège (3), Islande (2), Danemark (déc 1980), Gibraltar (mai 1986), Belgique (mars 2018), Espagne (juin 2023).
Le nombre assez élevé de données européennes, y compris dans des pays continentaux frontaliers de la France, confère à cette espèce un bon potentiel pour rejoindre la LOF.
 
>> Bruant chanteur (Song Sparrow) : 10 données en Grande-Bretagne, 4 en avril, 5 en mai et une en octobre – Norvège, mai 1975, juillet 2024 – Suède, oct 2022 – Pays-Bas, avril 2006, fév 2022 – Belgique, sept 2004, fév 2022 (le même qu’aux Pays-Bas)  – Suède, juin 2010 – Suisse, mai 2010 – Espagne, mars 2013.
En dépit d’un nombre d’observations assez faible en Europe, ce bruant américain a été vu dans plusieurs pays frontaliers de la France et pourrait donc être l’une des futures premières françaises.

Bruant chanteur, Québec, octobre 2021 (© Sylvie Dionne)
Junco ardoisé, Québec, novembre 2021 (© Frédérick Lelièvre)

Passereaux néarctiques beaucoup plus rares vus en Europe
Les espèces suivantes ont été vues au total moins de 10 fois en Europe (pour beaucoup moins de 5 fois) et essentiellement dans les îles Britanniques et/ou en Islande. La probabilité qu’elles arrivent sur les îles bretonnes et a fortiori sur les côtes françaises est donc très faible…  mais cependant pas nulle.
Moucherolle phébi (Eastern Phoebe) : Angleterre, avril 1987.
Moucherolle à ventre jaune (Yellow-bellied Flycatcher) : Écosse, sept 2020.
Moucherolle vert (Acadian Flycatcher) : Islande, nov 1967 – Angleterre, sept 2015.
Moucherolle des aulnes (Alder Flycatcher) : Grande-Bretagne, oct 2008, sept 2010, sept 2023 – Islande, oct 2003, sept 2020 – Irlande, oct 2022 – Norvège, sept 2016.
Moucherolle tchébec (Least Flycatcher) : Islande, oct 2003.
Tyran tritri (Eastern Kingbird) : Irlande, oct 2012, sept 2013, juillet 2021 – Écosse, sept 2016.
Viréo de Philadelphie (Philadelphia Vireo) : Irlande, oct 1985, oct 2008, oct 2020 – Angleterre, oct 1987 – Écosse, sept 2023.
Viréo à gorge jaune (Yellow-throated Vireo) : Angleterre, sept 1990 – Allemagne, sept 1998.
Hirondelle bicolore (Tree Swallow) : Angleterre, juin 1990 – Écosse, mai 2002 – Islande, mai 2012.
Hirondelle noire (Purple Martin) : Irlande, mars 1840 – Écosse, sept 2004.
Roitelet à couronne rubis (Ruby-crowned Kinglet) : Islande, nov 1987, oct 1998 – Irlande, oct 2013 – Écosse, nov 2020.
Sittelle à poitrine rousse (Red-breasted Nuthatch) : Islande, mai 1970 – Angleterre, oct 1989 – Allemagne, oct 2022.
Moqueur chat (Grey Catbird) : Grande-Bretagne, oct 1975, oct 2001, oct 2018 – Allemagne, oct 1840, mai 1908 – Irlande, nov 1986 – Belgique, déc 2006.
Moqueur polyglotte (Northern Mockingbird) : Angleterre, août 1982, mai 1988, fév 2021 – Pays-Bas, oct 1988 – Allemagne, sept 2024.
Moqueur roux (Brown Thrasher) : Angleterre, nov 1966.
Grive à collier (Varied Thrush) : Angleterre, nov 1982 – Islande, mai 2004 – Écosse, oct 2021.
Grive des bois (Wood Thrush) : Islande, oct 1967 – Angleterre, oct 1987.
Grosbec errant (Evening Grosbeak) : Grande-Bretagne, mars 1969, mars 1980.
Bruant à joues marron (Lark Sparrow) : Grande-Bretagne, juin 1981, mai 1991.
Bruant fauve (Red Fox Sparrow) : Islande, nov 1944 – Irlande, juin 1961 – Estonie puis Finlande, déc 2012.
Bruant hudsonien (American Tree Sparrow) : Suède, nov 2016.
Bruant des prés (Savannah Sparrow) : Grande-Bretagne, avr 1982, sept 1987, oct 2003 – Pologne, juin 2020 – Norvège, nov 2021.
Bruant de Lincoln (Lincoln’s Sparrow) : Islande, déc 2013.
Tohi à flancs roux (Eastern Towhee) : Grande-Bretagne, juin 1966.
Carouge à épaulettes (Red-winged Blackbird) : Grande-Bretagne, avril 2017 – Irlande, juin 2021.
Quiscale bronzé (Common Grackle) : Pays-Bas, avril 2013, sept 2025.
Paruline à ailes dorées (Golden-winged Warbler) : Grande-Bretagne, janv 1989.
Paruline à ailes bleues (Blue-winged Warbler) : Irlande, oct 2000.
Paruline à capuchon (Hooded Warbler) : Grande-Bretagne, sept 1970, sept 1992.
Paruline tigrée (Cape May Warbler) : Grande-Bretagne, juin 2017, oct 2013, nov 2023 – Islande, sept 2021 – Norvège, sept 2020.
Paruline azurée (Cerulean Warbler) : Islande, oct 1997.
Paruline à tête cendrée (Magnolia Warbler) : Grande-Bretagne, sept 1981, sept 2012, sept 2023 (2 données)  – Islande, sept 1995, oct 1995.
Paruline à poitrine baie (Bay-breasted Warbler) : Grande-Bretagne, oct 1995, sept 2023.
Paruline bleue (Black-throated Blue Warbler) : Islande, sept 1988, oct 2003.
Paruline à couronne rousse (Palm Warbler) : Islande, oct 1997.
Paruline à gorge noire (Black-throated Green Warbler) : Allemagne, oct 1958 – Islande, sept 1988, oct 2003.
Paruline du Canada (Canada Warbler) : Islande, sept 1973 – Irlande, oct 2006 – Grande-Bretagne, sept 2023.
Paruline à calotte noire (Wilson’s Warbler) : Grande-Bretagne, oct 1985, oct 2015 – Irlande, sept 2013.
Tangara vermillon (Summer Tanager) : Grande-Bretagne, sept 1957.
Passerin indigo (Indigo Bunting) : Grande-Bretagne, oct 1996, mai 2013, oct 2020 – Islande, oct 1951, oct 1985 – Irlande, oct 1985 – Pays-Bas, juin 1983 – Gibraltar, avril 2004.

Moucherolle des aulnes, États-Unis, novembre 2024 (© Baxter Beamer)

Conclusion
La dernière décade de septembre et le mois d’octobre sont particulièrement propices à l’arrivée de passereaux néarctiques sur les îles bretonnes et les côtes françaises. Nul doute qu’une ou plusieurs des espèces néarctiques ayant déjà été vues en Europe seront encore ajoutées à la liste des oiseaux de France cet automne ou les suivants. Ou pourquoi pas, on peut rêver, une espèce nouvelle pour le Paléarctique occidental ? Alors à vos jumelles, bonnes observations et bonne chance !

Références : • Cruon R. & Nicollau-Guillaumet P. (1985). Notes d’ornithologie française XII. Alauda 53(1)  : 34-63. • Drovetski S.V., Rakovic M., Semenov G., Fadeev I.V. & Red’kin Y.A. (2014). Limited Phylogeographic Signal in Sex-Linked and Autosomal Loci Despite Geographically, Ecologically, and Phenotypically Concordant Structure of mtDNA Variation in the Holarctic Avian Genus EremophilaPLoS ONE 9(1)  : e87570. • Ghorbani F., Aliabadian M., Olsson U., Donald P.F., Khan A.A. & Alström P. (2020). Mitochondrial phylogeography of the genus Eremophila confirms underestimated species diversity in the Palearctic. Journal of Ornithology 161 : 297-312. • Hobbs J. (2025). A List of Nearctic Passerines Recorded in the Western Palearctic. Version 5.2 (https ://www.dutchbirding.nl). • Lévêque M.T. (1956). Observation d’un Merle migrateur. Oiseaux de France 6(1), N.14 : 108. • van Duivendijk N. (2024). Identifier les Oiseaux d’Europe – Le Guide Ultime. Tome 2,  du Loriot aux Bruants. Delachaux et Niestlé, Paris.

Merci à Philippe J. Dubois pour sa relecture, ses suggestions judicieuses et les quelques compléments apportés à cet article, et à Othmane Belladjou pour m’avoir signalé une donnée de Moqueur polyglotte qui m’avait échappé.

Citation recommandée : Duquet M. (2025). Passereaux néarctiques : les potentielles premières françaises. Post-Ornithos (marcduquet.com)  2 : e2025.09.26.