Quel est ce chant bizarre ?

Au cours des trente années passées dans l’Hérault, avant le développement des suivis par enregistreurs et avant de connaître l’application magique Merlin Bird ID et l’excellent livre de Stanislas Wroza sur les Chants et cris d’oiseaux de France (Wroza 2023), j’ai en de nombreuses occasions entendu des cris d’oiseaux, surtout nocturnes, dont je n’ai pas réussi à identifier l’auteur immédiatement. Je vous ai déjà parlé des cris des jeunes Loriots d’Europe que l’on peut entendre en fin d’été, mais il y en a d’autres que j’ai eu le plaisir de découvrir au fil des années.
Parmi ceux-ci figure un son très étonnant, que j’ai entendu le 27 mars 2009 au fond de mon jardin : assez puissant, il ressemble à la fois au bruit que produit une scie à grosses dents découpant une bûche de bois et à un caquètement de poule râpeux, ondulatoire et lancinant. Cherchant l’origine de ce son étrange, j’ai découvert ce jour-là deux Coucous geais adultes fraîchement revenus d’Afrique qui étaient posés sur une branche d’amandier sèche. Et tandis que je les observais, l’un d’eux a recommencé à produire cet étrange caquètement sourd, révélant l’origine du son qui m’avait intrigué.

Deux mois plus tard, à deux reprises, les 3 et 15 juin 2009, j’ai de nouveau entendu ce chant surprenant émis par un Coucou geai en présence d’un deuxième individu, tous deux adultes et formant de toute évidence un couple. Pendant que je filmais l’oiseau qui vocalisait, j’ai constaté que par moments, le son rauque qu’il produisait s’éclaircissait et prenait des tonalités de clameurs de goéland (enregistrement n°1).
Je n’ai pas trouvé sur Xeno-Canto d’équivalent des caquètements sourds évoqués plus haut, mais ils ressemblent aux woig-woig-woig… que von Frisch (1973) attribue à la femelle. Peut-être s’agit-il des kowkowkowkowkowkowkow très rapides suivis de kirrow-kirrow-kirrow-kirrow plus lents cités par Cramp & Simmons (2020) à la rubrique cris d’appel des mâles ?
Concernant les clameurs de goéland (enregistrement n°2), Stadler (1951) considérait que c’était le chant du mâle et situait leur timbre entre la voix du Paon et celle de la Chevêche d’Athéna. Géroudet (2010) les a retranscrites par kliouhk… kliouhk… kliouhk… Wroza (2023), qui les nomme cris clairs, les décrit comme étant des kwouuh longs, émis à intervalles réguliers, parfois en longues séries, et leur attribue une fonction de marquage du territoire, ajoutant que ces vocalisations peuvent être émises en vol, y compris lors de la migration nocturne. Cramp & Simmons (2020) ainsi que Payne et al. (2020) comparent leur timbre à celui d’un rapace et en font le cri d’appel des mâles.
Du Coucou geai, on connaît surtout l’éclat de rire jacassant et tonitruant qu’il émet en vol ou posé (vidéo ci-dessous) et par lequel il annonce de loin son arrivée. Souvent comparé au ricanement du Pic vert ou au cri guttural du Coucou gris femelle, c’est de loin la vocalisation la plus fréquente de l’espèce. Il est appelé cri bouillonnant (angl. bubbling call) par Payne et al. (2020) et Cramp & Simmons (2020), qui se réfèrent de toute évidence à Stadler (1951) et Laferrère (1956).
Le répertoire vocal de l’espèce ne se limite pas à ces trois types de cris/chant, Laferrère (1956) cite aussi des krââ-krââ-krââ évoquant la Mouette rieuse, que Cramp & Simmons (2020) considèrent comme des cris d’alarme. Payne et al. (2020) citent encore un krek ou graa court et grinçant. À propos du répertoire vocal du Coucou geai, Géroudet (2010) concluait en disant que la diversité et les innombrables nuances de tempérament défient l’analyse. L’espèce est de plus en plus régulièrement détectée en migration nocturne dans le sud de la France depuis que ses cris sont mieux connus, notamment les cris clairs (Stanislas Wroza in litt.).

Références : • Cramp S. & Simmons K.E.L. (2020). BWP : Birds of the Western Palearctic app. NatureGuides Ltd. • Géroudet P. (2010). Les Passereaux d’Europe. Tome 1, des Coucous aux Merles. Delachaux et Niestlé, Paris. • Laferrère M. (1956). L’Oxylophe Clamator glandarius (Lin.) dans les pinèdes de l’Estérel et de la côte varoise. Alauda XXIV-4 : 275-286. • Payne R.B., Garcia E., Boesman P.F.D. & Moura N. (2020). Great Spotted Cuckoo (Clamator glandarius), version 1.1. In Rodewald P.G., Keeney B.K. & Billerman S.M. (eds), Birds of the World. Cornell Lab of Ornithology, Ithaca. • Stadler H. (1951). La voix du Coucou geai. Alauda XIX-3 : 178-180. • von Frisch O. (1973). Ablenkungsmanöver bei der Eiablage des Häherkuckucks (Clamator glandarius). Journal of Ornithology 114 : 129-131. • Wroza S. (2023). Chants et cris des oiseaux de France. Delachaux et Niestlé, Paris.
Citation recommandée : Duquet M. (2025). Quel est ce chant bizarre ? Post-Ornithos 3 : e2026.04.20
