Aigle, vautour ou… Milan noir ?

Au printemps et en début d’été, des Milans noirs Milvus migrans ayant perdu accidentellement leur queue ou avec des rectrices fortement usées représentent un véritable piège d’identification, même pour d’excellents ornithos. C’est notamment le cas d’oiseaux volant seuls, assez haut dans le ciel, donc sans point de comparaison pour ce qui est de la taille, et d’ordinaire avec un fort contre-jour ne permettant pas de révéler la coloration de leurs parties inférieures et de leur surface sous-alaire. De tels rapaces sont alors fréquemment identifiés comme Aigle pomarin ou criard, parfois Pygargue à queue blanche, Aigle botté, voire Vautour moine. Pourtant, en éclaircissant fortement les tons intermédiaires des photos (lorsqu’il y en a), il est possible de faire apparaître la coloration typique d’un Milan noir, de même que sa petite tête grisâtre au bec trop petit pour un aigle du genre Clanga, un pygargue ou un vautour. Voici quelques exemples parmi ceux dont j’ai eu connaissance depuis une vingtaine d’années.

30 mai 2008, plaine de la Crau, Bouches-du-Rhône (© Daniel Dupuy) – Ci-dessus, oiseau d’abord identifié comme un petit aigle de type pomarin ou criard. À l’époque, Jean-Pierre Marie m’avait transmis les photos, me permettant d’identifier l’oiseau comme un Milan noir au plumage usé.

3 avril 2020, Saint-Loup, Charente-Maritime (© Thomas Gouëllo) – Ci-dessus, individu un peu moins déroutant que d’autres, identifié comme Aigle botté de forme sombre dans un premier temps, en raison de la coloration générale et surtout de la queue arrondie et des ailes paraissant assez larges. Il fut suspecté ensuite comme Aigle pomarin ou hybride Pomarin/Criard par les vérificateurs de Faune Charente-Maritime. Philippe J. Dubois m’ayant communiqué les photos, il fut facile d’identifier l’oiseau comme étant un Milan noir, ce qui fut confirmé par Romain Riols.

• 12 juin 2021,  Badménil-aux-Bois, Vosges (© Jérôme Curie) – Ci-dessus, cet individu cantonné a d’abord été identifié comme un Aigle pomarin, attirant de nombreux ornithos venus cocher l’espèce… avant d’être correctement déterminé comme Milan noir par Hugo Touzé. C’est un oiseau extrêmement troublant en raison de l’absence totale de rectrices (seules les sus- et sous-caudales subsistent), faisant même penser à un Pygargue à queue blanche. Pourtant, sa taille, comparée à celle d’un Milan royal, la coloration de ses parties supérieures (bande pâle sur les grandes couvertures sus-alaires), son petit bec et sa petite tête ne laissent aucun doute sur son identité.

• 6 juillet 2023, planèze de Saint-Flour, Cantal (© Christian Moullec) – Ci-dessus, individu également suspecté comme Aigle pomarin ou criard au départ, mais les photos éclaircies montrent clairement un Milan noir (petite tête, petit bec et zone pâle sous les primaires), aux ailes et, surtout, à la queue extrêmement usées.

24 juin 2024, Millay, Nièvre (© Daniel Dupuy) – Ci-contre, individu saisi en rapace non identifié sur Faune Nièvre, l’observation ayant été très brève (une seule photo prise) et l’oiseau volant très haut dans le ciel. Un Vautour moine avait été envisagé… bien que les proportions du corps (notamment la tête) évoquent plus celles d’un Aigle pomarin, hypothèse que j’avais formulée, mais Antoine Rougeron a reconnu un Milan noir au plumage extrêmement usé.

En conclusion, gardons en tête qu’un Aigle pomarin ou criard observé à une date et en un lieu inhabituels mérite d’être regardé avec une grande attention et qu’un éventuel Milan noir au plumage très usé doit toujours être envisagé.

Merci à Philippe J. Dubois, Jean François, Jean-Pierre Marie, Jean-Yves Moitrot, Romain Riols, Antoine Rougeron et Hugo Touzé qui m’ont communiqué ces données ou permis de les obtenir ainsi qu’à Jérôme Curie, Thomas Gouëllo, Christian Moullec et Daniel Dupuy qui m’ont autorisé à publier leurs photos. 

Citation recommandée : Duquet M. (2025). Aigle, vautour ou… Milan noir ? Post-Ornithos (marcduquet.com) 2 : e2025.03.27.