Le Plongeon du Pacifique : où et quand ?

Considéré jusqu’en 1985 (American Ornithologists’ Union 1985) comme une sous-espèce du Plongeon arctique, et très semblable à celui-ci en tous plumages (voir plus loin), le Plongeon du Pacifique Gavia pacifica a déjà fait l’objet de près de 70 mentions en Europe, pour l’essentiel au nord-ouest de la France (îles Britanniques), mais il n’a encore jamais été trouvé dans notre pays. Je vous propose ici de préciser la phénologie de l’espèce en Europe à partir des données connues, afin de déterminer quels sont les meilleurs secteurs et les meilleures périodes pour la rechercher en France. Les données relatives au statut européen de l’espèce sont tirées de eBird et de Tarsiger.com, et de divers autres sites et publications relatant les observations européennes (Mather 2010, Maumary 2015, Naylor 2025, Olsen 2015, Thomason 2023, van Duijn 2025, Veal 2025).

Plongeons arctique (à g.), imbrin (au centre) et du Pacifique (à dr.), Finlande, novembre 2010 (© Pekka Komi)

Répartition
Le Plongeon du Pacifique niche dans les régions arctiques et subarctiques d’Amérique du Nord, du détroit de Béring à la baie d’Hudson (Alaska, Yukon, Territoires du Nord-Ouest, Nunavut, extrême nord du Manitoba, de l’Ontario et du Québec), ainsi que le long d’une étroite bande côtière de Sibérie orientale à l’est de la rivière Yana et de l’île Wrangel et jusqu’au bassin de la rivière Anadyr au sud ; il pourrait également être un nicheur rare à régulier dans l’ouest du Groenland, mais son statut n’y est pas clair, par manque de prospection ciblée (Russel 2020). 

Plongeon du Pacifique, adulte nuptial, Alaska, juin 2022 (© Aurélien Audevard)

L’espèce hiverne dans les régions côtières du Pacifique, du sud de l’Alaska jusqu’au Mexique (Basse-Californie) côté américain et au large du Japon et de la Corée, au sud jusqu’à la Chine orientale sur le versant asiatique (Russel op. cit.). En période internuptiale, le Plongeon du Pacifique est observé occasionnellement dans les eaux européennes, mer Celtique, Manche occidentale et mer du Nord essentiellement.

Où et quand a-t-il été vu en Europe ?
En Europe, le Plongeon du Pacifique a surtout été observé dans les îles Britanniques (19 mentions en Irlande et 32 en Grande-Bretagne) et en Fennoscandie (5 données en Norvège, 3 au Danemark, 2 en Suède et 1 en Finlande), avec quelques observations plus au sud – Pays-Bas (1) et Espagne (3) – et plus à l’est, dans les terres – Pologne (1) et Suisse (1).
 
Si l’on dessine un graphique de présence de l’espèce par décade en Europe, on constate que celle-ci a été majoritairement vue entre la mi-novembre et la fin mars, un pic secondaire d’observation apparaissant dans les deux premières décades de mai et concernant des oiseaux en plumage nuptial. Toutefois, en ne prenant en compte que les dates d’arrivée (ou de découverte) des oiseaux signalés en Europe, la plupart des mentions se situent de la 2e décade de novembre à la 3e décade de février.
 
Les données automnales et hivernales se rapportent essentiellement à des oiseaux en plumage juvénile (mais certains individus revenant d’année en année, ils se montrent alors en plumage adulte). Parmi les données des îles Britanniques, nombreuses concernent ainsi des oiseaux revenus plusieurs hivers de suite sur les mêmes sites ; les comités d’homologation nationaux respectifs considèrent que les 19 mentions irlandaises sont le fait de 9 individus différents et que les 32 données britanniques émanent de 14 oiseaux différents. 

Où et quand le rechercher en France ?
La carte montre que, pour l’essentiel (57 %), les données européennes du Plongeon du Pacifique proviennent du littoral occidental de l’Irlande (comté de Mayo, Galway, Clare et Cork) et du sud-ouest de la Grande-Bretagne (Cornouaille). Les mentions les plus proches de la France ont été obtenues :

• dans les îles Anglo-Normandes, plus précisément à Grand Havre, au nord-ouest de Guernesey, c’est-à-dire à moins de 50 km de la côte ouest du Cotentin et 80 km à peine de la Bretagne Nord ;

• aux Pays-Bas à Neeltje Jans en Zélande, soit à 100 km de la frontière française et 120 km à peine de la jetée du Clipon ;

• dans le nord de l’Espagne, d’une part en Cantabrie, quelque 140 km à l’ouest de la côte Basque, et d’autre part en Aragon, au sud-est de Saragosse, environ 300 km au sud du littoral des Pyrénées-Orientales ;

• en Suisse orientale, sur un lac des Grisons près de Saint-Moritz, soit 250 km à l’est des rives françaises du lac Léman.

Les données espagnoles et suisse sortant quelque peu du cadre général d’apparition de l’espèce en Europe, c’est principalement en Manche occidentale, du cap de la Hague jusqu’à la pointe de Penmarc’h, et secondairement en mer du Nord, que la présence du Plongeon du Pacifique est la plus vraisemblable. C’est donc là qu’il faut le rechercher en priorité, d’autant plus que cette zone correspond aux principaux quartiers d’hiver français du Plongeon imbrin, une espèce également néarctique.

Pour ce qui est de la période la plus propice pour rechercher l’espèce en France, elle se situe en premier lieu entre la mi-novembre et la fin février (oiseaux en plumage internuptial), mais également en mai (adultes nuptiaux surtout) avant qu’ils ne repartent ou lorsqu’ils passent devant les sites de seawatching de la Manche (cap d’Antifer et cap Gris-Nez) et de la mer du Nord (jetée du Clipon).

Comment l’identifier ?
Le Plongeon du Pacifique ayant un plumage très proche de celui du Plongeon arctique, les critères spécifiques par rapport aux autres plongeons sont les mêmes que pour ce dernier. Il en est de même des critères d’âge (distinction entre le plumage juvénile et le plumage adulte hivernal), à savoir des parties supérieures d’aspect écailleux chez les jeunes alors qu’elles sont unies avec quelques points blancs (restes de plumage nuptial) sur les couvertures et les scapulaires chez l’adulte. Les critères présentés ici sont extraits de l’excellent guide photographique de Nils van Duivendijk (2024).

La seule espèce avec laquelle une confusion est possible est le Plongeon arctique. Par rapport à celui-ci, la structure et la silhouette du Plongeon du Pacifique diffèrent quelque peu : il est un peu plus petit, avec notamment un corps plus court (aspect moins allongé sur l’eau), un cou plus épais et plus massif, et surtout un bec plus court.

Plongeons du Pacifique (à g.) et imbrin, juvéniles,
Canada, décembre 2023 (© Gavin-Edmondstone)
Plongeons arctique (à g.) et imbrin, juvéniles,
Haute-Garonne, février 2014 (© Christian Aussaguel)

En tous plumages et même à grande distance, l’absence de tache blanche à l’arrière des flancs (cette tache étant typique du Plongeon arctique) est le meilleur critère pour « détecter » un éventuel Plongeon du Pacifique… Cette absence de tache blanche chez le Plongeon du Pacifique résulte du fait que la bande sombre qui court le long de ses flancs est de largeur égale sur toute sa longueur et s’étend jusqu’aux sous-caudales (c’est particulièrement visible sur les photos d’oiseaux en vol). Mais attention, cette absence de tache blanche n’est pas un critère déterminant à lui tout seul, car dans certaines positions, un Plongeon arctique peut sembler avoir le côté entièrement sombre. Il est donc nécessaire d’observer l’oiseau un certain temps afin de vérifier si l’arrière des flancs est effectivement sombre (s’il s’agit d’un Plongeon arctique, la tache blanche finira toujours par être visible). 

De plus près, les jeunes (plumages juvénile et 1er hiver) se distinguent en outre des Plongeons arctiques de même âge par leur cou assez épais, souvent grisâtre pâle à l’arrière, leur cercle oculaire régulier, pas plus épais devant l’œil, le gris du cou qui s’avance davantage sur la joue (zone blanche plus large sur la joue chez le Plongeon arctique) et par leur bec typiquement court, sans pointe sombre. Par ailleurs, les liserés pâles des parties supérieures sont plus épais (en plumage juvénile neuf) et donc plus visibles que chez le Plongeon arctique ; ceux des couvertures sont généralement aussi proéminents que ceux des parties supérieures, alors que chez le Plongeon arctique juvénile/1er hiver, ils sont souvent moins marqués sur les couvertures. Comme chez les adultes, l’arrière des flancs sombre est diagnostique, mais le blanc du centre du bas-ventre est parfois visible, et peut être source de confusion.

Plongeon du Pacifique, 1er hiver, Grande-Bretagne, janvier 2017 (© Nigel Voaden)
Plongeon arctique, 1er hiver, Haute-Garonne, janvier 2014 (© Christian Aussaguel)
Plongeon du Pacifique, 1er hiver, Nevada,
décembre 2018 (© Debbi Senechal)
Plongeon arctique, 1er hiver, Slovaquie,
décembre 2020 (© Stanislas-Harvančik)
Plongeons du Pacifique (en haut, Californie, décembre 2015, © Brian Sullivan)
et arctique (en bas, Espagne, janvier 2024, © Guillermo Risco) juvéniles

L’adulte hivernal présente globalement les mêmes critères distinctifs que les jeunes oiseaux, notamment l’absence de tache blanche à l’arrière des flancs et la joue plus sombre, mais il présente aussi une jugulaire sombre bien délimitée (il y a parfois un semblant de jugulaire chez le Plongeon arctique mais elle est alors diffuse et jamais aussi nette que chez le Plongeon du Pacifique).

Plongeon du Pacifique, adulte hivernal, Canada,
novembre 2023 (© David Wallace)
Plongeon arctique, adulte hivernal, Sarthe,
décembre 2012 (© Fabrice Jallu)

Même en plumage nuptial, l’adulte n’a pas de tache blanche à l’arrière des flancs (à la différence aussi du Plongeon arctique nuptial) et il a l’arrière du cou d’un gris plus clair que chez l’Arctique. Sur les côtés du cou, les lignes blanches verticales, au nombre de 5 ou 6 (7), sont fines et souvent brisées, alors qu’elles sont plus épaisses et continues, et qu’il y en a en général 4 ou 5 (6), chez le Plongeon arctique ; de plus, à la différence de ce que l’on observe chez le Plongeon arctique, ces lignes n’atteignent pas les rayures des côtés de la poitrine, qui sont par ailleurs plus épaisses et moins nombreuses chez le Plongeon du Pacifique que chez ce dernier. En vol, l’adulte nuptial est quasiment identique au Plongeon arctique, mais la large bande sombre des flancs qui s’étend jusqu’à l’arrière du corps est un critère diagnostique.

Plongeon arctique, adulte nuptial, Islande, septembre 2018 (© Yann Kolbeinsson)
Plongeon du Pacifique, adulte nuptial, Alaska, juillet 2017 (© Alex Lamoreaux)
Plongeons du Pacifique (en haut, Alaska, mai 2024, © Garrett Lau ; en bas, Québec, juin 2023, © Patrice Saint-Pierre)
et Plongeons arctiques (en haut, Alaska, juin 2022, © Tom Johnson; en bas, Alaska, juin 2024, © Garrett Lau) adultes nuptiaux

Conclusion
Au regard du statut européen de l’espèce, la présence hivernale (novembre-mars) du Plongeon du Pacifique dans les eaux françaises, notamment de la pointe bretonne au cap de la Hague, est plus que vraisemblable… Il ne reste plus qu’à en trouver un… alors à vos longues-vues !

Références : • American Ornithologists’ Union (1985). Thirty-fifth supplement to the American Ornithologists’ Union Check-list of North American birds. Auk 102 : 680-686. • Mather J.R. (2010). Pacific Diver in Yorkshire : new to Britain and the Western Palearctic. British Birds 103 : 539-545. • Maumary L. (2015). Un Plongeon du Pacifique Gavia pacifica dans les Grisons ! Oiseaux.ch 22.12.2015. • Naylor K.A. (2025). Gaviidae : Pacific Diver. Historical Rare Birds• Olsen T. (2015). Rarity finders : Pacific Diver – a first for Norway. BirdGuides 18/07/2015. • Russell R.W. (2020). Pacific Loon (Gavia pacifica). In Rodewald P.G. (ed.), Birds of the World. Cornell Lab of Ornithology, Ithaca. • Thomason B. (2023). Rarity finders : Pacific Diver in Shetland. BirdGuides 01/06/2023. • van Duijn M. (2025). Pacific Diver. Menno van Duijn 9 january 2025.• van Duivendijk N. (2024). Identifier les oiseaux d’Europe : le guide ultime. Delachaux et Niestlé, Paris. • Veal R.(2025). Pacific Diver in Cornwall. Cornwall Birds (CBWPS) 20th Jan 2025.

Citation recommandée : Duquet M. (2025). Le Plongeon du Pacifique : où et quand ? Post-Ornithos (marcduquet.com) 2 : e2025.02.23.