Identification de l’Engoulevent à collier roux
En complément de l’article sur la recherche de l’Engoulevent à collier roux en France que j’ai publié récemment, voici quelques éléments d’identification qui pourraient vous être utiles, en particulier des critères non décrits dans la littérature ornithologique qui permettent de le différencier d’un Engoulevent d’Europe en vol, y compris sur une photo nocturne fortement sous-exposée…

I-Rappel des critères d’identification
L’Engoulevent à collier roux (L 30-32 cm dont 11-13 cm pour la queue, E 65-68 cm) est sensiblement (15%) plus grand que l’Engoulevent d’Europe (L 26-28 cm dont 10-11 cm pour la queue, E 57-64 cm), il a une plus grosse tête et une structure plus massive (Cramp & Simmons 2020), mais ces différences sont virtuellement impossibles à vérifier sur le terrain, sauf peut-être dans le cas, très improbable en France, où les deux espèces seraient vues côte à côte.
Oiseaux posés – Au sol ou sur une branche, l’Engoulevent à collier roux se caractérise d’emblée par un plumage brun roussâtre assez pâle, marqué de brun clair et de brun-roux, l’Engoulevent d’Europe étant plus sombre, d’un brun plus foncé, souvent grisâtre, et sans marques roussâtres. Par rapport à ce dernier, les caractères les plus saillants de l’Engoulevent à collier roux sont :
• la présence de quatre larges barres alaires crème ou roussâtres sur les couvertures sus-alaires, deux sur les petites couvertures, une sur les moyennes et une sur les grandes (au lieu d’une seule barre blanchâtre sur les petites couvertures chez l’Engoulevent d’Europe) ;
• des scapulaires et petites couvertures de même couleur que le reste de l’aile (scapulaires et petites couvertures formant une zone sombre sur l’aile au-dessus de la barre alaire de l’Engoulevent d’Europe) ;
• des taches blanches étendues et très visibles sous la gorge (taches plus petites, moins évidentes chez l’Engoulevent d’Europe) ;
• un demi-collier roux pâle sur la nuque (pas de collier pâle chez l’Engoulevent d’Europe) ;
• les côtés de la tête roussâtres (côtés bruns chez l’Engoulevent d’Europe) ;
• des parties inférieures plus rousses ;
• des taches blanches au bout des ailes et aux coins de la queue chez les deux sexes (femelle sans taches blanches chez l’Engoulevent d’Europe).


Oiseaux en vol – L’Engoulevent à collier roux ne présente pas de barre sombre sur le bord d’attaque des ailes comme l’Engoulevent d’Europe, mais cela n’est visible que sur un oiseau volant en plein jour… et sa queue plus longue que celle de l’Engoulevent d’Europe est quasiment impossible à évaluer sans éléments de comparaison directe. Comme l’Engoulevent d’Europe mâle (mais pas la femelle), les Engoulevents à collier roux mâle et femelle présentent des taches blanches au bout des trois ou quatre primaires les plus externes, c’est-à-dire sur (p7)p8-p10, et aux coins de la queue. Le vol de l’Engoulevent à collier roux est puissant et majestueux, avec des battements d’ailes mesurés, tandis que l’Engoulevent d’Europe semble plus rapide, avec une plus grande agilité et un vol plus erratique (Suetens 1990).
Dimorphisme sexuel – Chez les adultes, les taches blanches des primaires externes (p8-p10, avec parfois une amorce de tache sur p7) du mâle sont grandes et assez carrées, tandis que celles de la femelle sont limitées à p8-p10, sont ovales, plus petites (car un peu plus entourées de brun) et lavées d’ocre dans leur partie distale. Au niveau de la queue, il y a une grande tache blanche au bout de chacune des 2 ou 3 rectrices externes — (r3)r4-r5 — du mâle, alors que chez la femelle, ces taches sont de taille moyenne, lavées de chamois clair au bout et limitées aux 2 rectrices externes (r4 et r5).
Chez les juvéniles, les mâles ont des taches carrées et d’un blanc presque pur sur les trois primaires externes (p8-p10) et ont la pointe des 2 rectrices externes blanche et de grande taille, alors que les femelles ont des taches ovales ou arrondies, d’un blanc teinté de brun pâle au bout de 3 (parfois 2) primaires externes, et les taches au bout des 2 rectrices externes sont brun pâle et petites (parfois limitées à une étroite bande terminale).
(Les critères relatifs au dimorphisme sexuel proviennent du Guía de identificación de aves de Aragón y España continental de Javier Blasco Zumeta et du site featherbase.)
II-De nouveaux critères très utiles…
Taches blanches des primaires – La forme et la disposition des taches blanches au bout des primaires ne sont pas décrites dans la littérature ornithologique ou le sont de façon peu détaillée. Cramp & Simmons (2020) écrivent que chez l’Engoulevent à collier roux, les taches blanches sur les trois primaires externes (p8-p10) « ressemblent » à celles de l’Engoulevent d’Europe. Pour Cleere et al. (2020), chez l’Engoulevent d’Europe, les taches blanches au bout de p8, p9 et p10 sont « plus proches du bout de l’aile » et sont « toujours moins étendues » que chez l’Engoulevent à collier roux mâle. Svensson et al. (2023) n’en disent rien, sinon qu’elles sont plus nettes et plus blanches chez le mâle que chez la femelle, et van Duivendijk (2024) ne les décrit pas.
Pourtant, en visionnant des dizaines de photos des deux espèces sur eBird, j’ai remarqué qu’il y avait une différence très nette (et non décrite) dans la disposition des taches blanches au bout de l’aile des deux engoulevents, bien visible quelle que soit la position de l’oiseau. Sur l’aile ouverte, de dessus comme de dessous, les trois taches blanches de chaque aile forment deux traits divergents (plus écartés à l’arrière qu’à l’avant) chez l’Engoulevent à collier roux, alors qu’elles dessinent deux traits ou deux croissants « parallèles » chez l’Engoulevent d’Europe. Cela tient au fait que chez l’Engoulevent à collier roux, la tache sur p8 est située un peu plus vers la pointe de l’aile que celle de p9, tandis que la tache de p10 est nettement décalée vers l’intérieur par rapport à la tache de p9. Au contraire, chez l’Engoulevent d’Europe, les trois taches sont quasiment alignées, celles de p8 et p10 étant situées à peu près dans le même axe tandis que celle de p9 est légèrement excentrée.
La disposition des taches blanches au bout des primaires d’un oiseau en vol permet donc à elle seule de distinguer un Engoulevent à collier roux d’un Engoulevent d’Europe, même sur une photo réalisée par faible lumière ou au flash sur un oiseau lointain, lorsqu’on ne voit quasiment que les taches blanches des primaires et des rectrices.

Forme de l’aile – L’extrémité de l’aile a également une forme sensiblement distincte d’une espèce à l’autre : l’Engoulevent à collier roux a en effet une p8 nettement plus longue que celle de l’Engoulevent d’Europe, ce qui confère un aspect plus anguleux au bout de l’aile (aile plus arrondie chez europaeus), la différence de longueur entre p8 et p7 formant un plus grand décrochement chez l’espèce que chez l’Engoulevent d’Europe. En fait, la pointe de l’aile de l’Engoulevent à collier roux est formée par la p8, tandis que chez l’Engoulevent d’Europe c’est p9 la plus longue primaire (featherbase). Curieusement, Lansdown (1999) faisait une description inverse (et erronnée) de la situation : il écrivait en effet que, posé, l’Engoulevent à collier roux a des ailes « relativement plus courtes » qui « ne s’étendent donc pas aussi loin sur la queue » que celles de l’Engoulevent d’Europe, mais aussi que le bout de ses ailes est « plus arrondi », précisant pourtant, à juste titre, que les pointes de p8 et p10 tombent sensiblement plus près de la pointe de p9 que chez l’Engoulevent d’Europe… comme le montrent les diagrammes d’aile suivants.
Dans l’absolu, les ailes de l’Engoulevent à collier roux sont plus longues que celles de l’Engoulevent d’Europe, comme le prouve son envergure de 65-68 cm (contre 57-64 cm), et si elles semblent plus courtes en comparaison de la queue, c’est parce que cette dernière est aussi plus longue (de 1-2 cm en moyenne) que celle de l’Engoulevent d’Europe ! Quant à la forme du bout de l’aile, les photos et les diagrammes d’aile sont sans équivoques, celle de l’Engoulevent d’Europe est plus arrondie, avec un profil plus régulier, celle de l’Engoulevent à collier roux est plus anguleuse, plus « spatulée », avec un net décrochement entre la p8 et la p7. La longueur de ses primaires externes (p7-p10) est par ailleurs bien supérieure à celles de l’Engoulevent d’Europe (voir le tableau).


et d’Europe (europaeus) ; données issues de featherbase.
III-Réidentification de l’engoulevent de Corse
Un possible Engoulevent à collier roux a été photographié en juillet 2021 en Corse, 15 km au nord-ouest de Bonifacio, et saisi comme tel sur Faune France, mais l’observateur a précisé qu’il n’était absolument pas certain de son identification et qu’il publiait cette donnée (avec des photos) par sécurité, au cas où elle intéresserait quelqu’un.
Il a été bien inspiré de le faire, en plus de s’être montré honnête et rigoureux dans sa démarche. En effet, en éclaircissant les photos qui accompagnaient son observation et en les comparant à des images similaires des deux espèces d’engoulevent (voir le montage ci-dessous), il apparaît clairement qu’elles montrent un Engoulevent d’Europe, tant par la forme arrondie du bout de l’aile, avec p8 bien plus courte que p9 et p10, que par la disposition des taches blanches aux primaires, la tache sur p10 ne rentrant pas dans l’aile par rapport à p9 et celle de p8 étant légèrement décalée vers l’intérieur et non vers l’extérieur par rapport aux taches de p9 et de p10. Il ne fait donc aucun doute que cet oiseau n’est pas un Engoulevent à collier roux, ce que la date d’observation, qui sort du pattern classique d’apparition de l’espèce en France, suggérait.

Références : • Cleere N., Kirwan G.M., Christie D.A. & de Juana E. (2020). Red-necked Nightjar (Caprimulgus ruficollis). In del Hoyo J., Elliott A., Sargatal J., Christie D.A. & de Juana E. (eds), Birds of the World. Cornell Lab of Ornithology, Ithaca. • Cramps S. & Simons K.E.L. (2020). BWP : The Birds of the Western Palearctic app. NatureGuides Ltd. • Lansdown P. (1999). Separation of European and Red-necked Nightjars. British Birds 92(4) : 194-196. • Suetens W. (1990). Photospot. 29. Red-necked Nightjar. British Birds83(3) : 97-99. • Svensson L., Mullarney K. & Zetterström D. (2023). Le Guide ornitho. Delachaux et Niestlé, Paris. • van Duivendijk N. (2024). Identifier les oiseaux d’Europe. Le guide ultime. Delachaux et Niestlé, Paris.
Citation recommandée : Duquet M. (2025). Identification de l’Engoulevent à collier roux. Post-Ornithos (marcduquet.com) 2 : e2025.05.02.
